Portrait

Gaëlle Métrailler promène la culture en terres romandes

Première déléguée culturelle de Sion, la Valaisanne va prendre cet été les rênes de la Culture de la ville de Neuchâtel. Un nouveau cycle de vie pour cette grande voyageuse

C’est peut-être parce qu’elle a grandi face aux nuages, sur le «Balcon du ciel», le joli surnom de Nax, village accroché à l’entrée du val d’Hérens, que Gaëlle Métrailler a toujours eu soif de découvertes et de voyages. Polyglotte, passionnée d’orientalisme, elle a notamment sillonné le Moyen-Orient et les Routes de la soie, toujours sac au dos, souvent seule, sur les traces de Nicolas Bouvier et d’Ella Maillart. Cet été, après dix années passées au poste de déléguée culturelle de Sion, elle quittera une nouvelle fois le Valais pour aller déposer ses valises ailleurs, moins loin cette fois, à Neuchâtel, où elle reprendra dès le 2 août un poste similaire à la tête de la Culture de la ville.

Sortir de sa zone de confort

«Dix ans, c’est un cycle de vie», débute Gaëlle Métrailler, qui raconte un besoin de se renouveler, de sortir de sa zone de confort et de prendre de nouveaux risques: «Je pars avec sérénité et je me réjouis de mon nouveau défi. J’aurai la chance de continuer à agir pour la culture, à la défendre, ce qui est pour moi essentiel.» Cet attrait pour la culture, la Valaisanne le doit en partie à ses parents. «Je suis née dans un petit village de montagne, dans la vallée où les vaches se battent. Mais ma famille avait à la fois un fort lien avec la terre et une grande ouverture. Menuisier-ébéniste, mon père était un amoureux de musique. Il y en avait toujours à la maison. Ma mère, institutrice, m’a amené elle le goût de l’histoire et de la littérature.»

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Très rapidement, après une maturité en langues modernes à Sion, Gaëlle Métrailler va avoir la bougeotte. Elle s’imagine encore en journaliste et part étudier les sciences de la communication à Lugano. Après le bachelor, elle décide de changer de voie et rejoint l’Université de Nantes. «C’est une ville qui s’est réinventée grâce à la culture», justifie celle qui y décrochera un master en médiation culturelle et communication internationale en 2007. Entre-temps, elle réalise encore un stage à l’Espace culturel suisse de Venise, durant la célèbre Biennale, et suit une année d’échange Erasmus à l’Université de Gênes, où une professeure va lui donner le goût de l’art islamique. Un déclic qui l’incitera à aller découvrir ces régions: Jordanie, Syrie, Turquie, Ouzbékistan… Et surtout l’Iran, pays où elle rencontrera son futur mari lors d’un périple en 2012.

Quand on dit Valais, les gens pensent raclette. C’est sympathique, mais cela masque son dynamisme, son ouverture et son foisonnement culturel

Retour en Valais

Diplômes en poche, la Valaisanne revient en Suisse. Elle travaille d’abord à la section artistique de la Banca della Svizzera italiana, aujourd’hui dissoute, puis s’installe à Genève, employée dans le domaine de la propriété intellectuelle. «Un job alimentaire» qui ne la passionne guère. En 2009, elle tente sa chance lorsqu’elle voit passer une annonce pour le poste de déléguée culturelle de la ville de Sion, sur le point d’être créé. Elle postule sans trop y croire. Son CV est pourtant déjà solide, mais elle pense que son jeune âge va être un handicap. «Ils cherchaient quelqu’un d’expérimenté. Je suis donc arrivée assez décontractée à l’entretien d’embauche», se souvient Gaëlle Métrailler. Elle est finalement retenue. Et devient, à 26 ans, la toute première déléguée culturelle du chef-lieu valaisan.

«Cette expérience professionnelle a été passionnante», se félicite aujourd’hui la jeune Valaisanne. Pendant dix années, elle va accompagner le développement culturel de la commune. En collaboration avec le service de la jeunesse, Gaëlle Métrailler participe entre autres à l’ouverture en 2015 du Port Franc, une salle de 400 places dédiée aux musiques actuelles. Un projet attendu depuis une dizaine d’années et qui comble un manque, Sion demeurant jusque-là l’une des rares villes suisses à ne pas disposer d’une telle infrastructure.

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Un des credo défendus par la jeune femme est l’accessibilité à la culture. Elle va ainsi lancer en 2016 le «Pass Bienvenue», un sésame qui offre aux nouveaux habitants de la commune un accès gratuit durant une année à une trentaine de lieux et d’événements. Elle s’engage enfin pour changer le regard porté sur son canton, qu’elle juge souvent caricatural. «Quand on dit Valais, les gens pensent raclette. C’est sympathique, mais cela masque son dynamisme, son ouverture et son foisonnement culturel», plaide Gaëlle Métrailler, même si elle admet que les Valaisans aiment jouer avec leurs traditions, les réinventant, à l’exemple des soirées «electroclette» qui mêlent raclette et musique electro.

Construire des ponts

Entrant en fonction au mois d’août à Neuchâtel, la jeune femme se réjouit de découvrir la richesse culturelle de cette ville universitaire: le Festival du film fantastique – le fameux NiFFF, le Théâtre du Passage, Festi’neuch… La future déléguée espère créer des ponts dans le canton, à l’image de ce qu’elle a réalisé durant sa présidence de la Plateforme Culture Valais. Des liens qu’elle a déjà commencé à tisser à travers sa vie privée. «Je vais travailler à Neuchâtel et mon mari a trouvé un emploi de médecin assistant à La Chaux-de-Fonds», conclut en riant Gaëlle Métrailler.


Profil

1983 Naissance à Sion.

2006 Année Erasmus à Gênes.

2007 Master en médiation culturelle à Nantes.

2009 Première déléguée culturelle de la ville de Sion.

2019 Nommée déléguée culturelle de la ville de Neuchâtel.

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