Quand nous avons parlé avec Max Engammare de ses récentes découvertes sur Calvin, une formule est souvent sortie de sa bouche: «Je me suis amusé.» Amusé à traquer des traces manuscrites encore inconnues du réformateur, amusé à dessiner le schéma de son économie intellectuelle faite d’échanges constants avec ses secrétaires, etc. C’est ce qu’on appelle un travail d’érudition – «Pratique d’une méthode consistant à rassembler des documents nombreux et souvent exhaustifs autour d’une recherche […] Connaissances accumulées par l’emploi de cette méthode», disent les dictionnaires.

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L’érudition est un des outils de l’historien. Elle est donc utile dans la mesure où elle participe à l’élaboration d’un savoir, lequel, dans le domaine de la recherche historique, permet de braquer un projecteur sur notre passé et de le faire se réverbérer sur notre présent. Mais peut-elle être ludique? «Absolument, nous répondait Max Engammare, l’érudition peut et doit être joyeuse!» Parce que c’est un jeu de pistes, une chasse au trésor, un banquet de mots.

Mais si l’érudition peut être une joie, l’érudit la ressent-il? Ce n’est pas une constante – il nous est arrivé bien souvent de croiser des puits de science en deux dimensions, des êtres aux passions tellement enfouies qu’on ne les entendait jamais se frotter contre le revers de la carapace.

Faire de l’intelligence une fête

Fort heureusement, la grande majorité de ces chercheurs ont aujourd’hui appris à laisser parler leurs émotions et à transmettre le résultat de leurs enquêtes sous une forme susceptible d’éveiller l’intérêt du commun des mortels – «Il faut savoir être pointu sans être trapu», nous répétait souvent, sur les bancs du lycée, un mémorable professeur de français. On trouvait certainement l’expression la plus aboutie de cet alliage chez un Umberto Eco: de Sémiotique et philosophie du langage au Pendule de Foucault, de la théorie au roman, du sérieux au comique par ailleurs souvent entremêlés, tout concourait en effet chez lui à faire de l’intelligence une fête à laquelle chacune et chacun était invité·e à participer.

Etymologiquement, «érudition» vient du latin eruditio, lequel possède deux teneurs sémantiques: c’est le savoir, mais c’est aussi l’enseignement de ce savoir. Une double postulation qui gagne à être transcrite en français: si l’érudition est un jeu de pistes, sa transmission, si elle souhaite être effective, ne peut être le fait que de passeurs passionnés.


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