Vingt ans après sa mort, le grand Serge continue à diviser. Ce qui n’empêche pas la vague d’hommages qui nous submerge ces jours.

L’anniversaire de la mort de Serge Gainsbourg, disparu le 2 mars 1991, donne lieu à une moisson d’hommages, d’expositions et de rééditions. Au premier rang desquels l’intégrale de ses enregistrements avec des versions «inédites»: un coffret de 20 CD publié ce lundi qui rassemble quelque 250 chansons, dont «Comme un boomerang», un titre qu’il avait écrit pour Dani. Universal sort également un double best of, compilation de ses interprètes. Pour faire large: de Vanessa Paradis à Juliette Gréco, qui a «été terrorisée par sa timidité. C’était terrible de voir un homme dans un tel état de fragilité, de gêne et d’inquiétude», confie-t-elle à France-Soir. «A savourer!» selon le site Pure People. «Beaucoup de bruit… pour quasiment rien», aux yeux sévères de Télérama. La division demeure. En 1991, quand il s’éteint, écrit L’Alsace, «Gainsbourg est devenu une sorte de mythe. Vingt ans plus tard, sa trace demeure dans le paysage artistique français. Ses proches continuent à profiter de l’élan paternel ou marital.»

Mais au fond, disent beaucoup de gens en pareil cas, quoi de plus ennuyeux que les hommages? Si La Gruyère a interrogé ce jeudi huit musiciens suisses sur leur relation à Gainsbourg, elle a aussi été la première à dégainer sa mauvaise humeur, le 22 février, contre la calamiteuse soirée de France 2 samedi dernier: «Qu’est-ce qui était le plus affligeant? Voir cette France bien-pensante, druckerisée, couvrir de louanges celui qu’elle a honni? Ou entendre ces pathétiques «Serge aurait été heureux» et ces «on a tous quelque chose de Gainsbourg» dégoulinant de mièvre grandiloquence? Non, le plus insupportable reste ces chanteurs de variétoche venus démontrer qu’ils n’ont rien compris à Gainsbourg: comment peut-on imaginer que ces reprises appliquées, fades, aseptisées rendent hommage à un artiste qui savait si bien s’approprier les musiques?» Résultat, sans appel, évalué par le site Toutelatélé: «Le divertissement a séduit 2,89 millions de Français, soit 13,7% du public présent devant son poste de télévision entre 20h40 et 23h. La chaîne publique enregistre une audience bien en deçà des espérances.» Un bide.

Pour Le Figaro, l’homme «continue à susciter une admiration presque sans fausses notes. Méritée, même si son talent se nichait aussi dans une certaine forme d’opportunisme.» Reste que si les réfractaires vont frôler l’indigestion, les autres crieront au bonheur. Puisque chez les libraires, Loïc Picaud et Gilles Verlant proposent L’Intégrale Gainsbourg (Ed. Fetjaine). Destiné aux passionnés du musicien, l’ouvrage raconte l’histoire de toutes les chansons qu’il a écrites. Alain Wodrascka et le photographe Pierre Terrasson publient de leur côté Gainsbarre (Ed. Premium), biographie centrée sur le double éthylique que Gainsbourg s’était créé en 1980 après le départ de Jane Birkin. Quant à la maison Sotheby’s, elle organise à Paris, galerie Charpentier, du 28 février au 9 mars, une exposition qu’ont déjà louée le Daily Telegraph, l’Atlanta Journal-Constitution et le Vogue italien: une quarantaine de portraits de l’artiste, réalisés par des photographes de renom comme William Klein, Helmut Newton, Tony Franck…

Côté télés et radios, les émissions foisonnent donc. Une très grande réussite est celle de Nagui, qui a animé un formidable Taratata sur France 4 ce mardi, où l’on a notamment entendu Jane chanter «Sorry Angel» avec le groupe Franz Ferdinand. Sublime plateau de directs et d’archives, que l’on peut revoir peu après minuit ce vendredi sur France 2 et qui démontre, s’il en était encore besoin, que l’on reconnaît les grands créateurs à leur capacité à susciter les réinterprétations les plus libres. Comme celle, époustouflante, du chanteur M ou une version de «Vieille canaille» revue et corrigée par Ben l’Oncle Soul et Sly Johnson: génial! La chaîne Arte consacre aussi sa soirée à Gainsbourg ce dimanche 27, avec des images plutôt intimes, entre autres du 5 bis, rue de Verneuil, où il n’y a «pas un jour où ne viennent s’ajouter un dessin, un vers, un tag sur la façade», écrit Le Point. Et le très très beau doc Gainsbourg: l’homme qui aimait les femmes illuminera l’écran de France 3 le 5 mars.

France Inter a prévu de lui dédier toute la journée du 2 mars avec une programmation ad hoc, tout comme les chaînes de la RSR, en particulier Couleur 3. La petite Radio Libertaire, diffusée sur Internet, proposera, elle, dans la nuit du 1er au 2 mars, 60 titres inédits, interprétés au cours d’émissions de radio et de télévision ou issus de bandes originales et jamais commercialisés. Les Victoires de la musique, enfin, qui seront diffusées sur France 2 la veille de l’anniversaire, rendront elles aussi hommage à l’inoubliable. En attendant, dans cinq ans, le quart de siècle…