On a pu admirer la virtuosité de Denis Matsuev, samedi au Victoria Hall de Genève. Ce pianiste russe de 33 ans, qui a remporté le 11e Concours Tchaïkovski il y a dix ans à Moscou, a les mains taillées pour Rachmaninov. Il faut le voir empoigner les accords et octaves dans les 2e et 3e Concertos pour piano, ou virevolter à la surface des touches avec la délicatesse d'un elfe. Car Denis Matsuev, physique corpulent, n'est pas qu'un athlète du piano. S'il joue avec force et éclat, au risque parfois de cogner l'instrument («Finale» du3e Concerto), il sait aussi ménager des plages d'intériorité. Les mouvements lents sont bien sentis, avec ce rubato qui rend toute sa chaleur au lyrisme de Rachmaninov. Il se love dans ces grandes mélodies, développe un jeu puissamment timbré. Son seul défaut serait de faire exactement ce qu'on attend dans cette musique, sans l'inventivité (exceptionnelle, il faut le dire) d'une Martha Argerich. L'Orchestre national de Lyon sous la baguette de Yuri Simonov se met à son diapason.