Exposition

La galaxie intime de Van Gogh

Trois ans après la spectaculaire rétrospective Jérôme Bosch, le Noordbrabants Museum de Bois-le-Duc (Pays-Bas) braque les projecteurs sur un autre enfant du pays, le brabançon Vincent Van Gogh (1853-1890), en s’attachant à dévoiler l’homme derrière le mythe d’artiste tourmenté

Accoudée à une table, le sourire avenant et l’air bienveillant, elle darde ses yeux noirs en direction des visiteurs. C’est elle L’Arlésienne, alias Madame Ginoux, qui trône sur l’affiche de l’exposition Van Gogh et les siens. C’est chez Marie et Joseph Ginoux, à Arles au Café de la Gare, que Vincent loge lors de son arrivée dans le sud de la France au mois de février 1888. Ce sont eux qui prennent soin de lui lors de son hospitalisation, en décembre 1888, après qu’il s’est tranché le lobe de l’oreille gauche. Eux qui s’enquièrent de son état de santé lors de son internement à l’hôpital psychiatrique de Saint-Rémy-de-Provence, en mai 1889. «Je vais retourner dans le nord et donc mes chers amis en pensée, je vous serre la main bien fortement ainsi qu’aux voisins et croyez que là-bas je penserai encore souvent à vous tous», leur écrit Vincent Van Gogh dans une lettre en date du 12 mai 1890.

Nous sommes loin du cliché de l’artiste sauvage, solitaire, tourmenté et méprisé, incapable de nouer des liens avec ses contemporains. Van Gogh et les siens dresse le portrait d’un homme complexe, excentrique, au caractère passionné et pas toujours facile à vivre, mais, en même temps – et c’est la première fois qu’une exposition le démontre –, capable d’entretenir des relations cordiales avec ses semblables et de nouer des amitiés fortes et pérennes. Le portrait d’un homme estimé et aimé par les personnes qu’il côtoie, tout au long de sa vie: famille, voisins, amis, relations de travail, artistes et modèles. C’est toute la galaxie Van Gogh, tous ceux qui ont contribué à former l’identité de l’homme et de l’artiste qui défilent, salle après salle, dans le Noordbrabants Museum.

Un homme de cœur

Le parcours, chronologique, s’ouvre dans son Brabant natal, à Zundert où il est né et où il a grandi entouré de ses parents et frères et sœurs. Il se poursuit à La Haye où, tout juste âgé de 16 ans, il est envoyé par son oncle «Cent» chez Goupil pour travailler comme employé dans une des succursales de cette grande galerie d’art française, sous les ordres d’Hermanus Gisbertus Tersteeg, pour lequel il éprouve une réelle sympathie. De retour en terres brabançonnes, à Etten, il commence à peindre en prenant des cours auprès d’Anton Mauve, cousin par alliance de sa mère, avant de rejoindre Nuenen où il travaille avec acharnement, se formant auprès du jeune peintre Anthon van Rappard qui fut son ami pendant cinq ans. Le parcours, émaillé de rencontres, se poursuit à Paris (1886-1888), Arles (1888-1889) puis Auvers-sur-Oise (1890).

«Vincent Van Gogh n’était pas quelqu’un de facile, écrit Sjraar van Heugten, le commissaire de l’exposition, dans l’admirable catalogue de l’exposition. Il était obsessionnel, manquait d’aptitudes sociales, était très sensible à la critique et tellement impitoyable dans ses jugements qu’il s’attirait souvent l’hostilité des personnes qu’il côtoyait. Mais en même temps, cet idéaliste était un homme de cœur, un penseur profond et un artiste qui tenait à ce que sa peinture s’imprègne de ce qu’il puisait de meilleur dans l’art et la littérature: réconfort, vérités profondes, contemplation et beauté.»

Messages de réconfort

Parmi les 99 tableaux, carnets de croquis, œuvres sur papier, photographies et lettres sélectionnés pour l’exposition figurent de multiples portraits. Comme celui de sa maîtresse Agostina Segatori (huile sur toile, janvier 1887), ancien modèle et propriétaire du café parisien Le Tambourin, peinte de profil, le teint pâle sous ses cheveux noirs. Ou celui de Pissarro, chapeau mou et longue barbe blanche (Autoportrait, eau-forte de 1890), son ami Camille Pissarro de trente ans son aîné qu’il rencontre à la Galerie Goupil où son frère Théo vend des œuvres impressionnistes. Il y a aussi Paul Signac (zincographie de Maximilien Luce, 1895), croisé pour la première fois chez le Père Tanguy. Signac, «dont le caractère bien trempé, l’exubérance et les manières directes lui plaisent tout de suite», selon les mots d’Helewise Berger, conservatrice chargée des collections d’objets d’art du XIXe et du début du XXe siècle du Noordbrabants Museum.

A Paris, il rencontre Henri de Toulouse-Lautrec et Emile Bernard dans l’atelier de Fernand Cormon, dont il suit les cours, nouant de solides amitiés avec les deux artistes. En février 1890, le peintre de La Goulue prend ardemment sa défense quand le peintre Henry de Groux s’oppose à ce que certaines des œuvres de Van Gogh, qu’il qualifie d’ignorant et de charlatan, soient exposées à Bruxelles avec le Groupe des Vingt. La profondeur de ces amitiés transparaît à la lecture des multiples lettres de condoléances et messages de réconfort que Théo reçoit après la disparition de son frère à Auvers-sur-Oise. «Vous savez combien je l’aimais et vous doutez de ce que j’ai pu le pleurer», écrit Emile Bernard au critique d’art Albert Aurier, le 31 juillet 1890, au retour de l’enterrement de Vincent.


«Van Gogh et les siens». Jusqu’au 12 janvier 2020. Noordbrabants Museum, Bois-le-Duc, Pays-Bas. www.hnbm.nl. «Van Gogh et les siens. Amis, familles et modèles», catalogue, 220 p., 200 ill., 45 euros.


Sur les pas de Vincent en terres brabançonnes

Surfant sur l’exposition Van Gogh et les siens, Van Gogh Brabant – une structure réunissant les sites patrimoniaux où l’artiste a laissé son empreinte – vous invite à découvrir les lieux où Vincent a vécu enfant, adolescent et jeune adulte et les endroits où il a réalisé ses premières œuvres. A Zundert, sa ville natale, vous pourrez visiter la Maison Vincent Van Gogh, un centre d’art érigé à l’emplacement où l’artiste est né en 1853, et son exposition permanente Vincent Van Gogh, les origines d’un maître. A Etten, où sa famille a vécu de 1875 à 1822, l’église Van Gogh, une ancienne église réformée, propose une chronologie animée de la vie de l’artiste. Balade également à Nuenen, où, de décembre 1883 à novembre 1885, le peintre a réalisé de très nombreuses œuvres, dont ses célèbres Mangeurs de pommes de terre. Véritable musée à ciel ouvert, Nuenen compte pas moins de 23 sites, bâtis ou naturels, où il a séjourné et qui ont été reproduits dans ses œuvres. Ne manquez pas de visiter le Vicentre, un très beau musée qui présente de manière interactive ses années passées dans le Brabant, sa vie et les œuvres qu’il y a réalisées.

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