D'Ernst Weiss, né en 1882 en Moravie et mort par suicide lors de l'invasion de Paris, on peut lire en français Jarmila (Actes Sud, 1999), une poétique «histoire d'amour de Bohême». Et voici la traduction de son premier roman, La Galère (Die Galere, 1913, Fischer), que Kafka, son ami, trouvait «brûlant et beau». Dans Vienne au début du siècle, évoquée dans des tons crépusculaires avec de fines touches impressionnistes, c'est l'histoire d'un radiologue passionné par ses recherches sur les rayons X. Froid de cœur, cet être incapable de maîtriser ses pulsions et sans conscience morale n'entretient de rapports avec les femmes que pour les mettre à son service et assouvir ses instincts.

De lui et de celles qui l'entourent, Weiss esquisse avec un réalisme psychologique, par instants rehaussé d'un pathos expressionniste, des «portraits de l'âme» très contrastés et dessinés d'une plume pénétrante. Vif et intense, le roman se lit bien. Mais davantage encore que par l'analyse des caractères, il vaut par la sensibilité descriptive et l'art de l'atmosphère.