Louise Hanmer trace sa route avec constance et élégance. Cette chorégraphe genevoise, qui est aussi psychomotricienne et professeur de yoga, propose depuis plus quinze ans à la tête de la Breathless cie des créations raffinées sur le corps lorsqu’il devient étranger ou sur les objets vus de manière décalée.

Ici, dans «The Pancake problem», la jeune femme interroge notre fascination pour les pandas. Trois tableaux à voir au Galpon, à Genève, jusqu’au 6 mars, dans lesquels on retrouve sa patte délicate et un soupçon de Marco Berrettini. On pense au chorégraphe italo-genevois lors de la première danse qui se répète jusqu’à satiété et, à la fin, au moment de la déambulation à la fois farceuse et inquiétante des pandas modifiés. Il y a parrain plus éteint.

Une compassion spontanée pour le panda

Il est si chou qu’il est partout! Le panda n’est pas un animal comme les autres. Qu’il soit parqué dans un zoo où il a d’ailleurs de la peine à se reproduire ou qu’il soit observé dans les montagnes de Chine où il naît, le panda génère chez l’homme une compassion spontanée. On l’aime, on a envie de le protéger, on l’associe à nos rêveries. Ce constat amuse et intrigue Louise Hanmer qui imagine une pièce en trois temps pour disséquer cet élan.

Premier tableau, quatre danseurs, baskets et tenue d’échauffement, accomplissent une danse folklorique inspirée du Tibet. Une ronde gracieuse où les bras ouvrent la voie. La chose dure tant et tant qu’Elodie Aubonney, Valentine Paley, Aurélien Patouillard et Marius Schaffter semblent partis pour la soirée. Ce n’est pas désagréable, mais ce n’est pas non plus totalement passionnant. L’idée? Associer le Tibet oppressé au panda chassé et commercialisé? Si c’est ça, la piste est très, trop finement suggérée.

Comme des pandas en captivité

Deuxième tableau, les comédiens explorent le plateau, comme des pandas en captivité. Pneus, planches, sceau, ils escaladent, renversent, empilent, tandis qu’en voix off, un panda doté de la parole raconte son parcours neurasthénique dans les zoos du monde entier. L’instant, malin, est bien trouvé.

Comme ce moment de la conférence de l’ONU d’un dignitaire chinois dont la traduction simultanée en français est aussi plate que ses propos sont convenus. De quoi montrer la fatuité de ces grandes déclarations quand les pandas et les hommes meurent des inégalités perpétuées. Commence alors une partie techno où Elodie Aubonney revient en fille électrique, bombe des podiums, mini short et masque de panda, sur une musique binaire. Là, c’est la colère et la part iconique de l’animal blanc et noir qui sont convoquées. Pêchu.

Mais le moment le plus troublant et singulier arrive à la fin. Lorsque les deux danseurs masculins, transformés en pandas sans doute transgéniques vu leurs formes chaotiques et l’hybridité de leur costume, divaguent sur le plateau et tentent de développer une sociabilité. Leur démarche est maladroite, empêchée par une tenue aussi encombrante que bricolée et tout essai de construction collective, d’ascension commune et de coopération tourne court. A travers le panda, on devine l’homme et sa difficulté à construire une société équitable et équilibrée.

«The Pancake Problem», jusqu’au 6 mars, au Galpon, Genève, 022 321 21 76, www.galpon.ch