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«Gandhi», vingt ans dans la vie de Richard Attenborough

En 1983 sortait le chef-d’œuvre du cinéaste qui vient de mourir

En 1983, la sortie du chef-d’œuvre du cinéaste décédé

«Gandhi», vingt ans dans la vie d’Attenborough

«Le personnage de Gandhi n’avait pas beaucoup inspiré le cinéma jusqu’ici. A part un documentaire indien de cinq heures et demie sur ses apparitions à l’écran de 1927 à 1947, on connaît Nine Hours to Rama sur son assassin, du réalisateur de thrillers américain Mark Robson, tourné en 1963. C’est à cette époque que le comédien et réalisateur britannique Richard Attenborough décida de consacrer un grand film au «mahatma» (grande âme). Il était déjà l’auteur d’un film non conformiste: Oh! What a Lovely War (Oh! que la guerre est jolie) qui avait fait scandale à sa sortie, en 1959, parce qu’il adoptait un ton sarcastique pour conter la guerre de 1914-18 sur fond de comédie musicale.

Attenborough a donc mis vingt ans pour faire son chef-d’œuvre. Un grand film, long de plus de trois heures, mais qui n’a pas ennuyé une seconde, car le personnage de Gandhi apparaît rendu avec une vérité saisissante. L’auteur se réjouit de ne pas avoir pu réaliser le film tout de suite (il s’est ruiné, deux fois, a dû accepter toutes sortes de rôles, etc.), car ainsi il a pu approcher des personnages proches de Gandhi. […]

Or, tous […] ont assuré Attenborough d’une chose surprenante: ce qui frappait le plus chez lui, c’était son humour. On sent bien cette dimension dans le film – cette élégance supérieure d’une personnalité rayonnante dont la vie foisonnante était tout entière dans le don de soi.

On a pu s’étonner que personne en Inde n’ait tourné un tel film. Le plus grand metteur en scène de l’Inde, Satyajit Ray, a expliqué lui-même qu’il fallait quelqu’un de l’extérieur pour se frayer un chemin à travers les castes, les langues, les religions, les racismes indiens: ce qui prouve que l’Inde, qui a accueilli le film avec émotion, a toujours besoin de Gandhi! Richard Attenborough connaît bien l’Inde, il possède parfaitement son sujet, et il sait admirablement simplifier pour le discours cinématographique sans être simpliste. Il prend son temps, filme lentement, ne succombe jamais à la tentation des biographies qui souvent procèdent par accumulation: or que n’a pas vécu Gandhi!

[…] Tout cela m’apparaît très fort, même si la technique de la caméra, du montage, de la mise en scène peut sembler traditionnelle. On sent tout de même vivre ces hommes et ce pays d’une incroyable diversité, dans leur beauté, leur grouillement, leur immensité. Il y a des plans d’eau, de sable qui nous transportent au cœur de la réalité indienne.

Mais ce qui frappe surtout dans le film, c’est son caractère non-violent: l’auteur ne fait pas un étalage de son savoir-faire, il s’efface derrière son sujet, il n’impose pas ses idées. Cette immense épopée, il nous la raconte simplement, il nous la fait vivre ainsi que Gandhi lui-même, j’imagine, savait persuader ses interlocuteurs: avec un courage et une force indomptables, mais sans agressivité.

Cette réussite tient aussi, bien sûr, à l’acteur principal, l’Anglais Ben Kingsley (Oscar 83) incarnant son personnage de manière totale – la ressemblance est frappante, jusque dans les moindres détails des expressions. […]

Gandhi est considéré comme un dieu en Inde, alors que Nehru avait dit à Attenborough: «Quel que soit votre film, ne faites pas de lui un dieu. C’était un trop grand homme pour être déifié»: belle sagesse qui profite au film, qui profite maintenant à tous ceux qui, par l’intermédiaire du cinéma, sont sensibles à une attitude humaine, à un message dont on a plus que jamais besoin, en notre période de fanatismes et d’injustices. […] »

« Nehru lui avait dit: «Quel que soit votre film, ne faites pas de Gandhi un dieu. C’était un trop grand homme pour être déifié »

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