Ni sport de combat, ni plante exotique: un gango désigne quelqu’un que l’on prend pour une bonne poire. Si une personne vous répond «ich bin ned din gango!», vous saurez que vous avez passé les bornes. L’expression, que l’on peut traduire par «Je ne suis pas ton larbin», illustre une spécialité syntaxique des dialectes alémaniques: la redondance du verbe aller. Pour être sûr d’être bien compris, ou pour ralentir encore une élocution réputée lente, on rajoute «go», forme infinitive ramassée de «gehen», à ce même verbe conjugué. Cela donne ainsi «ich gaa go ­tschute» pour «je vais jouer au foot». Même si c’est moins répandu, on trouve la construction pour d’autres verbes aussi: «chum cho luege», «viens voir», avec deux fois «kommen».

«Gang go…» (va…), expression utilisée à l’impératif, traduit une manière de donner un ordre sur un ton légèrement condescendant. Le rythme est tellement éloquent que l’on ne résiste pas au plaisir de moduler ce pléonasme: «gang go hole» (va chercher), «gang go bringe» (va amener), «gang go luege» (va voir). Hop, hop!

Sans surprise, le Gango est devenu l’homme à tout faire, celui qui court dans tous les sens. Par extension, c’est le benêt de service, comme le pauvre mari qui se retrouve sous la coupe de sa femme. Car le Gango, qui n’est pas flatteur, mais pas franchement injurieux non plus, est limité au masculin.

En Suisse alémanique, gango est un nom de domaine internet très prisé. Les entreprises de services en tout genre se l’arrachent pour montrer leur bonne volonté à exécuter promptement toutes les tâches que voudront bien leur confier leurs clients. Certaines ont modifié légèrement l’orthographe, en rajoutant par exemple un second «o», pour pouvoir garder le nom. Parce que Gango, cela fait quand même plus suisse que facility services.