Il y a des rencontres a priori inconcevables qui finissent par s'imposer avec évidence. Ainsi celle du saxophoniste norvégien Jan Garbarek et de l'ensemble vocal Hilliard. Le premier distille depuis longtemps sa sonorité pastel et ses compositions planantes sur le label ECM. Hasard ou fatalité, les quatre chanteurs du Hilliard, spécialisés dans la musique médiévale et de la Renaissance, ont eux aussi enregistré pour le label allemand quelques-uns de leurs plus beaux disques, consacrés à Pérotin, Gesualdo ou Frye. Rien ne semblait rapprocher le premier des seconds, et pourtant, en deux albums magnifiques, ce quintette étrange s'est retrouvé sur la même longueur d'onde. Confirmation aujourd'hui à Paléo.

Dans Officium, leur premier disque en commun, le timbre atemporel de Garbarek offrait un contrepoint idéal aux voix très pures des chanteurs britanniques, au fil d'une poignée de compositions médiévales. Mnemosyne élargit encore la palette du quintette. Placé sous le signe de la mémoire – Mnemosyne en est la divinité grecque, chantée par Hölderlin dans un extraordinaire poème donné en guise d'introduction –, ce second opus explore un répertoire universel et de tous les temps: chanson quechua du Pérou, berceuse estonienne du contemporain Veljo Tormis, Gloria de Guillaume Dufay, péan delphique de 127 avant notre ère, hymne spirituel d'Hildegard von Bingen, danse de l'aigle iroquois ou compositions originales de Jan Garbarek.

Les mélodies trouvées tissent une délicate interaction entre le saxophone volontiers plaintif de Garbarek et la sonorité lissée du quatuor vocal. Entre l'utopie d'un langage universel et le rêve d'un chant des peuples restitué dans sa pureté originelle.

Jan Garbarek et Hilliard, jeudi 22 juillet, Chapiteau, 19h45.