Ecrivain, poète, homme de théâtre, Federico Garcia Lorca était aussi un musicien accompli, guitariste, pianiste, compositeur, et grand amateur de flamenco. En 1917, à 19 ans, il hésitait même entre la poésie et la musique. Au début des années 20, sa rencontre avec Manuel de Falla, compositeur austère et mystique, pour qui le flamenco n'a pas de secret, relance son intérêt pour le chant populaire. Les deux hommes organisent en 1922 à Grenade un Concours de Cante Jondo, dont Manuel Torre est l'invité vedette – hors compétition bien sûr. Le poète multiplie les conférences sur la musique populaire, pose les bases des premières études sérieuses sur le flamenco, cherche à définir et expliquer le duende, notion évasive et incompréhensible au profane, sorte de transe qui s'empare des interprètes du flamenco dans les bons soirs.

Joignant le geste à la parole, il arrange au fil des ans un certain nombre de chansons populaires, recueillies dans les Cancioneros anciens de toutes les régions d'Espagne, principalement d'Andalousie. En 1931, à la demande de La Voix de son Maître, il enregistre dix de ces chansons en compagnie de La Argentinita, célèbre chanteuse, danseuse et virtuose des claquettes. Garcia Lorca tient lui-même le piano. Le succès est immédiat, les disques se vendent très bien. Pendant la guerre civile, deux des titres, «Anda jaleo» et «Los cuatro muleros», deviennent même, du côté républicain, des hymnes à la liberté. L'assassinat de Garcia Lorca en 1936 signe aussi l'arrêt de mort provisoire de ses Chansons populaires espagnoles, longtemps interdites par le régime franquiste comme le reste de son œuvre. Plus tard, elles seront enregistrées par les plus grandes cantatrices classiques, Teresa Berganza et Victoria de los Angeles par exemple, ou par le guitariste flamenco Paco de Lucia. Heureusement, l'unique réédition en compact de ces 78 tours est très soignée. Le livret contient les textes des chansons.

Si Manuel Torre incarne à lui tout seul l'esprit du Cante Jondo, les Chansons populaires espagnoles de Garcia Lorca représentent la quintessence de l'expression musicale de tout un peuple. Les arrangements pianistiques (sauf Anda jaleo, réservé à l'orchestre), pleins d'élan et de délicatesse, révèlent en Garcia Lorca un accompagnateur subtil et coloré, à l'abattage rythmique renversant. Plus chanteuse populaire que cantaora, La Argentinita s'insère à la perfection dans cet univers où passé et présent se tendent la main. Son jeu de claquettes étincelant contribue au climat unique de ces disques sans âge. Un climat renforcé par des textes aux beautés oniriques, comme ce dernier couplet de Zorongo gitano: «Cette gitane est folle, si folle qu'on va l'attacher, ce qu'elle rêve la nuit, elle veut que ce soit la réalité…»

Federico Garcia Lorca

Coleccion de Canciones

Populares Españolas

Avec La Argentinita (voix) et Federico Garcia Lorca (piano).

1 CD Sonifolk 20105, distr. Sonimex