Selon la paysanne, l’histoire de la ferme est simple: «Au début, j’ai eu le vieux cheval blanc, et puis une vache, et puis deux. Ensuite les poules sont arrivées, et encore une vache. Et ainsi de suite.» Maintenant, avec ses 14 vaches, 14 bœufs et 47 poules en plus du vieux cheval blanc, elle est contente d’avoir une jeune femme pour l’aider. A celle-ci, elle suggère: «En ce siècle d’infinies possibilités, pourquoi ne pas devenir paysanne?» En moins de 100 pages, La Payîsanna dit la vie, la mort, la mort dans la vie, la vie dans la mort, la perte et le retour, le départ et l’éternel retour, sans sentimentalisme mais avec des envolées dans le conte, dans ce qu’il a de plus vrai.

Ce premier roman, issu de l’Institut littéraire de Bienne, élagué jusqu’à l’écorce, raconte une année à la montagne, de l’automne à l’automne, quand tout recommence qu’on croyait fini. Depuis, Noëmi Lerch a publié deux autres livres. Le dernier a reçu le Prix suisse de littérature cette année. Elle promène aussi sa Pürin, sa Payîsanna, en performance, avec une violoncelliste. On imagine bien que cette prose épurée, légère et gracieuse se prête à être entendue. La jeune femme passe aussi une grande partie de son temps comme bergère au Tessin et dans les Grisons.