Ce matin-là, les usagers de la gare de Baden pointaient leur nez en l'air, distraits par la musique diffusée le long des quais: un mélange d'easy-listening et d'électronique plutôt insolite en ce lieu dont la rénovation a commencé il y a un an. Depuis l'installation d'une série de haut-parleurs invisibles, la semaine passée, les compositions de Francis Baudevin et Pierre Vadi se mêlent aux bruits du chantier. Cette œuvre des artistes genevois s'inscrit dans le cadre de Infolge, vaste projet destiné à animer l'immense chantier de réfection de la gare. Une idée de Daniel Robert Hunziker.

Choisi sur concours par la commission des beaux-arts de la ville, le projet de l'artiste argovien est une révolution dans l'utilisation du fonds de décoration – «pourcent culturel» imposé aux constructions publiques et rénovations importantes. Baden, aux portes de l'agglomération zurichoise et siège d'ABB, voit passer quotidiennement des dizaines de milliers de pendulaires. Avec un investissement de 150 millions de francs, la rénovation offre des possibilités nouvelles pour l'utilisation de ce qu'on appelle ici la Kunst am Bau.

La ville a opté pour un projet original. Au lieu d'installer, à la fin des transformations seulement, l'œuvre d'un artiste local dans le périmètre, Infolge propose une série d'installations et de performances sur le site du chantier, durant les trois ans de travaux. Résultat: 150 000 francs pour 15 interventions, dont quatre se sont succédé depuis avril dernier: deux performances, dont celle des Romands Yan Duyvendak et Imanol Atorrasagasti, une installation vidéo de Jos Näpflin, ainsi qu'une intervention de Peter Regli.

Chaque artiste reçoit 6000 francs. Avec cette somme, il doit gérer l'ensemble de sa prestation. «Nos interventions ne sont pas agressives et présentent un caractère temporel, explique Sarah Zürcher, commissaire à la Kunsthalle de Berne et membre de la direction du projet. Les voyagaurs se montrent curieux. Ils se renseignent auprès des employés, ou visitent notre site.»

L'intervention de Francis Baudevin et Pierre Vadi laisse le passant sans armes. Une série de courts morceaux de musique sont diffusés sur le quai de départ pour Zurich – le plus fréquenté. «Les arrivées et les départs sont rythmés par les sons les plus divers, explique Sarah Zürcher. Cette bande-son invite le passant à imaginer son propre film. Son voyage, même s'il s'agit d'un pendulaire, prend la forme d'une promenade imaginaire, rêveuse.»

Par Infolge, Baden montre son ouverture à l'art contemporain. Sarah Zürcher, à l'origine de l'invitation d'artistes romands, voudrait développer le concept au-delà des frontières: «Pour l'instant, des interventions sont programmées jusqu'en avril 2002. Toutefois, nous aimerions inviter des artistes internationaux afin d'ouvrir le projet à d'autres scènes artistiques. Cette évolution demanderait un budget plus important.»

Infolge. Gare de Baden.

Rens. sur le site www.infolge.ch