Ala fin des années 1980, émerge en Grande-Bretagne une nouvelle génération d'artistes. Celle-ci va faire scandale à travers l'exposition Sensation: Young British Artists from the Saatchi Collection, montée en 1997 à la Royal Academy of Arts de Londres. Avec notamment le portrait d'une tueuse d'enfants, par Markuns Harvey, tracé à partir d'empreintes de petites mains, les effigies aux anomalies génétiques des frères Jake & Dinos Chapman, ou le requin dans le formol de Damien Hirst. Mais il y avait aussi du plus aseptisé. Tels les motifs de Gary Hume réduits le plus souvent au contour d'une figure.

Le Kunsthaus de Bregenz (sur la rive autrichienne du lac de Constance) consacre une rétrospective d'une trentaine de peintures et d'une quarantaine de dessins à cet artiste né en 1962. Dès l'entrée, le visiteur est confronté à quelques exemplaires de ses Doors qui établirent d'emblée la célébrité de l'artiste. Faisant référence aux portes à deux battants qu'on trouve dans les hôpitaux et autres établissements publics, ces peintures se réduisent aux géométries de deux oculi vitrés et des deux plaquettes verticales destinées à la poussée. La rigueur de ces formes abstraites fait dire aux thuriféraires de Hume qu'il relance de belle manière la peinture Hard Edge (Limite nette) de la fin des années 1950.

Avec ses peintures ultérieures figuratives, reproduisant le contour de visages ou de corps, des silhouettes d'animaux ou de fleurs, Gary Hume passe aussi pour le continuateur du mouvement Pop'Art de la décennie 1960-70.

L'artiste est habile. Il propose des dessins simples, des évocations connues, élémentaires, des images populaires, des portraits de personnalités tirés de magazines (le mannequin Kate Moss, par exemple). Les éléments sont réduits au minimum. Les tracés se résument au linéaire, tout volume est une surface. Et un visage, souvent, n'est mentionné que par la courbe des lèvres, les trous de nez, la cavité des yeux, le pourtour du front et du menton. L'allusion se veut parfois ambiguë, mais le titre lève l'incertitude. Si tel dessin peut évoquer un col et une cravate, son intitulé, Underwear (Sous-vêtements, 2002), décrit bien en fait un entrejambe et un slip. Gary Hume tend la perche. Et s'il embrouille avec des superpositions de contours, c'est pour suggérer les ondulations d'un champ de fleurs. Et lorsqu'il le fait avec des silhouettes de personnages en y ajoutant quelques éléments décoratifs, c'est par une sorte de dandysme rétro à la Francis Picabia (1879-1953).

Le dilettantisme affiché, voulu, de cette peinture actuelle exprime toute la difficulté des jeunes générations à se situer dans une continuité tout en s'affranchissant du déjà fait. After Vermeer (Après Vermeer, 1995) de Gary Hume qui reprend, inversé, le Portrait d'une jeune femme peint par le maître de Delft en 1666-67, ou sa Lady Parker (1998), inspirée de Holbein, indiquent, par leur facture que les créateurs de maintenant sont passés à autre chose et veulent que la peinture se donne autrement au public. L'utilisation par Hume de couleurs en aplats, de peintures laquées industrielles sur des supports lisses (panneaux en bois MDF ou en aluminium) souligne ce désir d'impact plus immédiat. De même, les sujets, souvent empruntés aux icônes de l'enfance (nounours, bonhomme de neige, lapin) cherchent à séduire, c'est-à-dire à captiver, à charmer, mais aussi à entortiller. Là réside, cependant, l'ambiguïté. Car au final, la simplicité est trahie par la mièvrerie, succombe à une grâce puérile alors qu'elle visait l'émotion du plaisant.

The Bird had a Yellow Beak. Œuvres de Gary Hume.Kunsthaus Bregenz, tél. 0043 5574/485 940. http://www.kunsthaus-bregenz.at

Ma-di 10-18 h (je 21 h). Jusqu'au 21 mars.