Critique: ouverture de la saison de l’OSR à Beaulieu

Gautier Capuçon, l’élan dans la finesse

Une fois n’est pas coutume, l’Orchestre de la Suisse romande a commencé sa saison à Lausanne, avant de reprendre le même concert pour deux soirs à Genève. Cette originalité signale la volonté d’ouvrir encore plus aux mélomanes voisins un orchestre qui est aussi le leur. Pour preuve, l’association vaudoise des Amis de l’OSR vient de voir son comité presque intégralement renouvelé, à raison de sept membres sur huit, placés sous la présidence d’André Hurter.

Les responsables de la phalange, plus que jamais romande, entendent ainsi développer leur présence dans le canton limitrophe de Genève. De nouveaux projets de rajeunissement, de transformation des activités, de soutien et d’accompagnement de l’OSR ainsi que de son public sont en cours. En inauguration de cette récente politique territoriale, la première des huit soirées d’abonnement du Théâtre de Beaulieu a donc précédé mercredi les deux entrées des séries Grands classiques et Répertoire du Victoria Hall. Pour cet événement spécial, le chef titulaire Neeme Järvi tient la baguette, et le violoncelliste Gautier Capuçon est accompagné du premier altiste solo de l’OSR, Frédéric Kirch, dans les parties solistes.

Programme entre marteau et enclume que cette première affiche. La bonhomie rustique de la 82e Symphonie de Haydn, dite «de L’Ours», répond aux élans enflammés et tortueux du langage de Richard Strauss, dont les deux poèmes symphoniques Don Juan et Don Quichotte se voient placés en regard. L’acoustique mate de Beaulieu ne saurait être responsable à elle seule de la monochromie qui traverse les œuvres. L’OSR fait pourtant de son mieux et rassemble ses forces avec vaillance. La vision de «L’Ours» s’avère beethovénienne, voire brahmsienne, dans un effectif au complet. La qualité charnue du son, le poids du déroulement narratif et l’épaisseur des nuances alourdissent Schubert plus qu’ils ne le modernisent. Si la carrure et le tempérament de Neeme Järvi approchent judicieusement de la dénomination de l’ouvrage, on regrette une lecture par trop conventionnelle et pesante.

Strauss, censé mieux aller à la puissance, la rondeur et l’élan naturels du chef, ne convainc pourtant pas davantage. Après un Don Juan claquant mais sans grand style et personnalité, le nez plongé dans la partition touffue de Don Quichotte, Neeme Järvi ne parvient pas à corriger les intonations approximatives de certains pupitres (cuivres, bois, 1er violon solo), ni à dégager des plans sonores clairs et des lignes mélodiques souples. Heureusement, Gautier Capuçon, un peu flottant en début de parcours, libère peu à peu une musicalité fine et fervente que Frédéric Kirch soutient avec délicatesse. Et la mort de Don Quichotte se fait évaporation d’âme. Une bien belle conclusion.

Victoria Hall jeudi 18 et vendredi 19 à 20h. Rediffusé sur Espace2 le 8 octobre à l’enseigne du Concert du mercredi soir. Rens. 022 807 00 00, www.osr.ch