Ces deux corps-là semblent vouloir s’étreindre jusqu’au bout de la nuit. La douceur des gestes et les reflets irisés des peaux nues jouent une musique qu’on a envie d’aller écouter de plus près. C’est avec un visuel d’une grande sensualité que le Geneva Camerata a choisi d’illustrer sa nouvelle saison. Signées Elias Amari, les photographies qui rythment le programme illustrent à merveille les vibrations intimes des corps. Et des âmes aussi, puisque c’est toujours de musiques qu’il s’agit avec le GeCa. De musiques plurielles, enlacées à des expressions artistiques diverses pour mieux attiser les désirs.

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Un argument non-recevable 

Ce qui fait la force de l’ensemble à formation variable? L’alchimie délicate et puissante de la confrontation et du métissage artistique. Cette politique féconde d’expériences marquantes continue d’animer le directeur musical et artistique, David Greilsammer, ainsi que la responsable générale, Céline Meyer. Depuis sept ans, le duo continue sans relâche de reprendre son bâton de pèlerin pour trouver des fonds, presque exclusivement privés (à part Pro Helvetia pour les créations suisses).

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A la question de savoir si le refus de subventionnement public serait lié au fait que les musiciens viennent de l’extérieur et ne sont pas résidents dans la région, la réponse de la directrice fuse: «La musique n’a pas de frontières et demeure le langage le plus universel qui soit. Je vis à Genève et y paie mes impôts. Les musiciens, tous exceptionnels, sont généreusement accueillis par des Genevois. Ils apportent une grande valeur ajoutée à la ville dont nous portons le nom à l’étranger. Quel orchestre n’est composé que de nationaux? Cet argument n’est pas recevable.»

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Il n’empêche en tout cas pas la quarantaine d’instrumentistes de participer à des concerts dont l’originalité reste à ce jour inégalée sur le territoire. Qu’on en juge. Les cinq concerts «Prestige» accueillent chacun des artistes remarquables dans des programmes très variés. La chanteuse flamenca Buika ouvrira les feux en septembre avec des pièces gitanes après que la violoncelliste Alisa Weilerstein eut donné le Concerto de Dvorák et que Schubert et Albéniz aient entamé la soirée.

Sophie Marceau et Violeta Cruz 

Un mois plus tard, Sophie Marceau viendra interpréter une nouvelle pièce pour comédienne et orchestre commandée à Violeta Cruz par le GeCa, alors que la chanteuse de blues Cyrille Aimée conclura la soirée avec des pièces de jazz, gospel et funk, et que l’orchestre offrira les Indes galantes de Rameau et la Symphonie no 1 de Beethoven.

Envie de nature? Les chanteurs d’oiseaux Jean Boucault et Johnny Rasse se lanceront dans un dialogue avec l’orchestre dans une retranscription surréaliste du Bœuf sur le toit de Darius Milhaud, entre le Triple Concerto de Beethoven, des airs d’opéras de Mozart et des chansons populaires d’Amérique latine par Erwin Schrott.

Le jazz? Le grand saxophoniste Joshua Redman se chargera d’improviser et de présenter quelques standards et pièces de son cru, entre la Pavane pour une infante défunte de Debussy, la Symphonie écossaise de Mendelssohn et un nouveau Concerto pour alto et orchestre de Demetre Gamsachurdia donné en création mondiale.

Autre pilier de la saison, l’intervention de Marie-Claude Pietragalla promet de grandes émotions. La danseuse et chorégraphe a été mandatée pour un spectacle exclusif sur la Symphonie du Nouveau-Monde de Dvorák. Un défi énorme pour les musiciens, qui devront jouer l’œuvre de cinquante minutes par cœur, avec à la clé des mises en mouvements par la grande «Pietra». Mais la star de la danse ne saurait éclipser l’étoile de l’archet Isabelle Faust, avec qui elle partagera l’affiche. La violoniste offrira sa lecture de l’immense Concerto de Beethoven pour le dernier rendez-vous majeur de la saison.

Mais le GeCa, c’est encore la somme de trois Concerts sauvages, trois Concerts famille, deux Rencontres magiques et autres moments caritatifs ou pédagogiques, ainsi qu’une belle activité de tournées. Douze événements sont organisés dans huit pays et sur trois continents, dont un à Tel-Aviv pour la première fois. De quoi stimuler toutes les envies de voyages musicaux, tous genres confondus.


Geneva Camerata, rens. www.genevacamerata.com, 022 310 05 45.