Prix TSR (qui l'a coproduit) au récent festival Visions du réel de Nyon, Geisendorf de Frédéric Baillif est l'un des documentaires-phares du 2e Festival du film romand à Genève (FROG, lire supplément Sortirp. 9). Son intérêt particulier? S'attaquer à un problème dont on parle trop peu: une certaine jeunesse en mal d'intégration qui traîne dans nos parcs, tape dans un ballon, boit, prend des cuites, vandalise ou deale. Et commence à faire peur tant elle évoque le spectre des banlieues françaises ou américaines et de leurs bandes.

«Mais qui sont-ils?» se sera demandé le jeune cinéaste genevois (Sideman, 2004), par ailleurs éducateur de formation. Allé à leur rencontre au parc Geisendorf de Genève, il en est revenu avec un film révélateur, portrait croisé de quatre copains entre 17 et 21 ans. Même s'ils commencent à avoir passé l'âge, Marvin, Adly, Michael et Cédric zonent encore là par habitude, par manque de désir ou par peur devant la vie adulte.

Alors que Marvin frime beaucoup, Adly tâte d'un apprentissage d'électricien, Michael canalise son agressivité dans le football et Cédric réussit dans le basket. Surpris par la diversité, on cherche à comprendre. On imagine une scolarité difficile et tout ce qui s'ensuit. Pour les trois premiers, on devine un père absent et une mère dépassée. Mieux loti, Cédric est déjà ailleurs: il joue en LNA à l'insu des autres!

Complexe, plutôt bien senti et réalisé, Geisendorf ne donne pas de solutions. Mais il pointe les nouveaux défis d'une société multiculturelle et invite à prendre soin de nos jeunes, avant qu'il ne soit trop tard. Surtout ceux qui se sentent largués.

Geisendorf, documentaire de Frédéric Baillif. Le 9 juin à 20h. CAC-Voltaire, Maison du Grütli. Général-Dufour 16 (rens. 022/328 85 54. http://www.festival-frog.ch)