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L’équipe du Jokers Comedy Club, qui comprend plusieurs humoristes «juniors».
© Louise Rossier

Humour

Sur les pas de la génération Wiesel

Alors que l’humour romand est à la mode et que les Thomas Wiesel, Blaise Bersinger et Cie sont omniprésents, de nouveaux talents d’à peine 20 ans tentent de se positionner. La rédaction du «Temps» les accueille le lundi 20 août pour un défi atypique

Marguet, Wiesel, Rollman, Bersinger… Ces noms, ceux de la «nouvelle génération» de l’humour romand comme on l’appelle, sonnent tellement familiers à l’oreille. C’est qu’on les retrouve désormais partout: sur les fils Facebook et les planches de théâtre, sur les ondes comme les plateaux TV, et même associés à une campagne publique de sensibilisation contre le harcèlement de rue. Voilà quatre ou cinq ans qu’on le répète: l’humour a le vent en poupe et une poignée de jeunes, 30 ans à peine, ont réussi à tirer leur épingle du jeu, se muant en véritables phénomènes comico-médiatiques.

Au point d’inspirer leurs cadets pour tenter eux aussi l’aventure. C’est le cas de Cinzia Cattaneo, 22 ans, étudiante en histoire de l’art et en cinéma. L’an dernier, cette passionnée de théâtre tente sa chance au concours du Banane Comedy Club, festival d’humour estudiantin. Sans aucune expérience, la Genevoise accède en finale et découvre un monde qui l’accueille à bras ouverts: tour à tour, le Caustic Comedy Club de Carouge lui propose de monter son one woman show et de partager régulièrement la scène avec Bruno Hausler, autre jeune as de la punchline.

La génération Wiesel aurait-elle ouvert en grand la porte pour les suivants? «Je pense en tout cas être arrivée au moment où beaucoup de choses se passent, à Genève notamment, acquiesce Cinzia Cattaneo. Avec les comedy clubs, c’est aujourd’hui assez facile de se lancer, même si le public et les rires ne sont pas toujours au rendez-vous.» Pour se perfectionner, celle qui se fait appeler «Cin» prend aussi part à des matchs d’improvisation aux côtés de collègues rompus à l’exercice. «C’est sûr, à côté d’un Yoann Provenzano, on se sent un peu comme une crevette. Mais ça nous apprend à être plus spontané, réceptif aux réactions du public.»

Chacun son créneau

Ces rassemblements entre juniors et pros de la blague, Jokers Production, boîte de production fédérant une dizaine de jeunes humoristes romands, les encourage. Afin de créer du spectacle mais aussi de voir émerger de nouveaux talents, qui ont toutes leurs chances d’être remarqués. «Contrairement à l’époque Yann Lambiel et Marie-Thérèse Porchet, il est plus aisé aujourd’hui d’arriver de nulle part et convaincre, car le public a compris que cette génération avait quelque chose à dire», note Sébastien Corthésy, cofondateur de Jokers Production.

Des places sont donc encore à prendre, mais pas n’importe comment. L’erreur de tout aspirant humoriste serait d’oublier un peu trop vite ceux qui les précèdent. «Je dis toujours aux jeunes: qu’est-ce qui te différencie de Thomas Wiesel? Ça ne sert à rien de reproduire ce qu’il fait en moins bien. Il faut plutôt trouver son propre créneau, comme Charles Nouveau s’est spécialisé dans les sketchs de foot ou Blaise Bersinger dans l’absurde.»

Trouver sa voie, Renaud de Vargas s’y applique, justement. Journaliste sportif à ses heures, ce jeune Lausannois évolue depuis plusieurs années dans le milieu humoristique romand, d’abord avec un compère sous le nom de Malvin & Renaud, duo endiablé dont les vidéos tournent bien sur les réseaux. Puis, celui qui rêve de vivre de la scène se sépare de son acolyte et s’offre un nouveau départ. Aujourd’hui chroniqueur sur Couleur 3, où il raille l’obsession du fitness ou les touristes à selfie stick, Renaud de Vargas en est persuadé: percer, c’est avant tout une question de culot. «Il faut oser, saisir sa chance, ne pas rester dans son coin. Et beaucoup travailler, avec régularité.» Sans oublier les contacts, indispensables. «C’est l’avantage du réseau romand, souligne l’humoriste. On se connaît tous, on a grosso modo le même âge, on peut donc partager, progresser…»

Appel d’air

Une impression que partage la désormais instituée Marina Rollman. «On a créé une sorte de confrérie des blagues, et le regard y reste bienveillant. Kucholl, Veillon ou Brigitte Rosset le sont encore avec nous.» Sans se positionner en mentor, Marina Rollman conçoit que sa génération ait pu contribuer à l’émulation actuelle. «Lorsqu’on voit des gens qui nous ressemblent et qui parlent de notre région, on se sent davantage le droit et l’envie de le faire aussi.»

La relève, qu’elle côtoie régulièrement dans les coulisses, enthousiasme en tout cas l’humoriste. «Il y a des filles, enfin! Et une diversité qui nous manquait. Je pense que plus il y a de monde, mieux c’est. Ça crée un appel d’air, une dynamique, et ça fait monter le niveau.»

Enthousiaste et impliquée, Marina Rollman a accepté de coacher une équipe de jeunes talents, composée de Cinzia Cattaneo, Bruno Hausler et Renaud de Vargas, aux côtés du plus expérimenté Alexandre Kominek, dans un exercice atypique: invités par Le Temps à intégrer la rédaction lundi prochain, ces apprentis humoristes devront s’inspirer des informations du jour pour concocter un spectacle présenté dans nos locaux le soir même. Et déménager l’actualité.


A lire aussi: Cinq humoristes romands nous ont raconté leurs modèles et leurs sources d’inspiration


Blaise Bersinger, dialogue de sons
Frédéric Recrosio: rupture d’aphorisme, avec Emile Cioran
Yoann Provenzano, du web romand au stand-up à l’américaine
Yann Lambiel, le grand show à la française
• Brigitte Rosset, humoriste sous influences

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