En allemand, le mot n'a pas la signification ambiguë que le français lui confère. Le «Dramaturg» accompagne un spectacle, il rassemble des textes et en écrit lui-même, nourrissant la réflexion du metteur en scène. Dans le cas d'une nouvelle œuvre, son travail s'avère plus important encore: Alain Patrick Olivier a participé activement à l'élaboration de L'Amour de loin.

«L'idée d'écrire un opéra autour de la figure de Jofré Rudel, explique-t-il, est venue à Kaija Saariaho quand elle a découvert la courte «vida» biographique du troubadour dans un livre de Jacques Roubaud, La Fleur inverse.» Alain Patrick Olivier s'est donc plongé dans la littérature courtoise. «On ne sait si les poèmes de Jofré exprimaient une réalité autobiographique. La dame lointaine à laquelle il adresse ses écrits pourrait être une allégorie de la Terre sainte ou une image de la Vierge Marie… Sachant que la «vida» qui raconte l'amour de Jofré pour la princesse de Tripoli provient de manuscrits tardifs, il est probable qu'elle est de nature «légendaire» plutôt qu'historique. Mais cette donnée a fasciné la postérité: Rostand en a tiré un drame qui a suscité diverses adaptations lyriques.»

La rencontre entre Maalouf et Saariaho tenait de l'œuf de Colomb. Et pas seulement pour ce double «a» qui colore leurs noms respectifs: l'un et l'autre ont trouvé leur «outremer» en France; à cela s'ajoute l'intérêt de Maalouf pour les relations entre Orient et Occident. «Mon rôle, explique Alain Patrick Olivier, consistait à alimenter les réflexions autour du livret et, une fois Maalouf entré en scène, à le guider dans le monde de l'opéra dont il n'était guère familier. La difficulté principale, c'était de trouver un type d'écriture propre à ce sujet et à cette musique, alors qu'il existe déjà une forte tradition d'opéras français à sujet médiéval: Pelléas, Saint François d'Assises… Amin Maalouf a adopté une langue concrète. Il a choisi d'approfondir la peinture des trois personnages, de leur donner corps.»

Propos recueillis par A. Px