Locarno Festival

«Genesis 2.0»: Le jour où le mammouth reviendra

Christian Frei suit les chasseurs de défenses dans le Grand Nord et les généticiens qui rêvent de recréer le pachyderme laineux. Ce documentaire inquiet s’interroge sur l’avenir du vivant

Sur les îles perdues de Nouvelle-Sibérie, des hommes profitent de l’été arctique pour arracher à la terre des défenses de mammouths. Ailleurs, aux Etats-Unis, en Corée, en Chine, des généticiens rêvent de recréer le grand proboscidien velu de l’âge de glace. Dans Genesis 2.0, Christian Frei oppose les reliques millénaires aux technologies futuristes pour mener une réflexion philosophique sur la notion de vivant.

Le cinéaste soleurois met en scène des thèmes originaux, parfois diffus comme le chagrin d’amour dans Sleepless in New York, qui à travers des chocs poétiques documentent l’état de monde et la condition humaine. Dans Space Tourists, des milliardaires s’envoient dans l’espace pour oublier le bourbier terrestre, War Photographer brosse le portrait de James Nachtwey, photographe de guerre, et The Giant Buddhas évoque la destruction des statues de Bamiyan.

En passant de la toundra désolée aux laboratoires high-tech, Christian Frei incite à réfléchir au sens de la vie. L’homme porte sa part de responsabilité dans l’extinction du mammouth. Pendant des siècles, il était tabou de toucher aux ossements géants affleurant à la surface de la terre. Aujourd’hui, le précieux ivoire se monnaie à prix d’or.

Cama et zébrule

Pris depuis 30 000 ans dans la glace, certains mammouths ont conservé des parties tendres. Il leur arrive même de saigner quand on les exhume. Ces tissus contiennent l’ADN que des généticiens illuminés convoitent pour recréer le fabuleux pachyderme. Des milliers d’étudiants en biologie se retrouvent pour lancer des défis à l’avenir. En Corée, le douteux Hwang Woo-suk a fondé la société Sooam qui clone pour 100 000 dollars le caniche de maîtres inconsolables. Les Chinois travaillent à modifier le génome humain. «Life becomes Big Data», clament fièrement ces apprentis sorciers, posant devant une hideuse statue de mammouth grandeur nature.

Et s’il revenait, arraché du néant pour échouer sur une planète rétrécie et trop chaude, quelle serait la tristesse du mammouth, exhibé comme un trophée devant des clones humains parmi ces réussites du génie génétique que sont le cama (chameau + lama) ou le zébrule (zèbre + jument)? Les malédictions du passé sont moins effrayantes que les promesses de l'avenir…


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