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«Das Verschwinden» («La Disparition») déploie des trésors de précision pour raconter la disparition d’une femme dans une cité bavaroise où les secrets sont légion.
© 23/5 filmproduktion

Séries

Au Geneva International Film Festival, la fiction TV allemande s’affirme

Le GIFF, ex-Festival Tous Ecrans, montre deux séries TV qui illustrent la nouvelle vitalité des fictions germanophones. Il dévoile aussi de nouvelles pépites nordiques

Das Verschwinden (titre international The Vanishing, ou tout simplement La Disparition) est une série TV qui démarre d’une manière plutôt classique, au stade de sophistication qu’ont atteint les feuilletons TV. Elle commence par un flash-forward, une scène située dans le futur de l’action. Deux hommes, dont on apprendra qu’ils sont policiers, reviennent de la chasse et tombent sur une jeune femme affolée qui a peut-être été agressée. Elle sera portée disparue.

Une structure redoutable

Dévoilée ici en fin de semaine au Geneva International Film Festival, Das Verschwinden déploie son originalité par la suite, dans son épisode pilote. Sa construction lente, précise, qui pose ses intervenants au millimètre, augure d’un feuilleton au cordeau, dans le drame qu’il décrit. Défilent notamment la mère de la disparue ainsi que sa fille – élevée par la première –, ses deux copines, sa vie qui se déglingue au rythme des livraisons de poudre reçues. Les policiers, eux, traquent un dealer de peu d’envergure, lié à la jeune femme. Cette petite cité bavaroise, située à la frontière tchèque, a ses secrets, bien sûr nombreux, et tout y est lié; c’est ainsi que Das Verschwinden semble bâtir sa redoutable structure.

Lente montée en puissance dans les séries

D’après les spécialistes, après de prometteurs soubresauts, le grand renouveau du cinéma allemand se fait un peu attendre. Dans le champ des séries, à l’inverse, c’est une lente mais sûre remontée en puissance, au moins depuis la série d’espionnage Deutschland 83. Le Geneva International Film Festival (l’ex-Tous Ecrans) a rendu compte de cette évolution en montrant l’année passée Kudamm 56, jolie chronique féminine de l’après-guerre. Cette année, il présente deux fictions qui illustrent cette nouvelle énergie.

Das Verschwinden est co-créée et réalisée par le cinéaste Hans-Christian Schmid (23, Storm). Il s’est associé avec Bernd Lange, complice du cinéaste au scénario avec Storm, Requiem et Das Bleibt, et qui a par ailleurs travaillé pour l’institution germanophone Tatort. Ce point n’est pas anodin: frotté à la grande machinerie télévisuelle, l’auteur façonne là un Krimi moderne qui semble exploiter à plein les possibilités d’une histoire déclinée en plusieurs épisodes.

«Pregau», le secret parmi les pins

Un autre indice de cette nouvelle vitalité germanophone vient de Pregau, coproduction austro-allemande. Là aussi, l’auteur et réalisateur, Nils Willbrandt, est passé par la moulinette Tatort, décidément incubateur historique. Le principe de cette mini-série en quatre parties est simple, c’est l’exploration des secrets d’une bourgade autrichienne d’apparence naturelle. La mécanique s’enclenche vite, avec un cadavre dans un coffre, puis un douteux accident de voiture qui coûte la vie à la nièce du personnage principal, le policier de la ville, dont le couple part en éclats.

Pregau a ses belles ambiances nocturnes, ses recoins de la ville aux vérités inavouables, même ses relations sexuelles intrafamiliales, plutôt sordides. Le créateur ne choisit pas vraiment un ton, il y a du sarcasme comme du premier degré, ce qui confère à Pregau une originalité, une touche sombre, parmi les pins autrichiens.


Au GIFF, trois pépites nordiques

Farang (Suède): thriller en Thaïlande

Voilà un pilote qui ne laisse aucun doute: à moins d’un écroulement majeur en cours de route, Farang a le potentiel d’un blockbuster mondial. Cette série suit des protagonistes suédois qui vivent en Thaïlande. Une jeune fille arrive dans une cité balnéaire de ce pays, elle cherche celui qui pourrait être son père. L’homme en question travaille dans le tourisme local, au service de toutes ses dimensions, jusqu’à l’organisation de combats de coqs. Il déploie toute son énergie pour faire fuir la jeune fille, ce qui laisse entrevoir les zones d’ombre de son passé. Bardée d’excellents acteurs et réalisée avec justesse, cette exploration de la noirceur des personnages sur des rivages idylliques devrait, assurément, débarquer sous nos latitudes.

Roeng – The Councilman (Norvège): comment déglinguer une commune

Le maire veut expliquer à ses collègues municipaux à quel point, pour développer la commune, il faut absolument penser hors des clous: pour illustrer la formule, au panneau mural, il dessine des croix qui sortent de la boîte (mentale)… et il déborde sur le crépi d’à côté. Discussion: quel service sera responsable de nettoyer ce graffiti? Mais ce ne sont pas des graffitis, puisqu’ils se situent à l’intérieur d’un bâtiment! Un municipal ajoute: «N’est-ce pas l’heure du déjeuner?» Scène baroque de cette série qui promet en matière d’absurdité en politique publique. Une petite commune autonome de Norvège tourne au grand huit en matière de finances. Au point que le maire se retrouve, littéralement, dans l’espace.

Veni Vidi Vici (Danemark): le porno d’art comme horizon

Thomas Bo Larsen superstar. L’acteur danois vu dans les films Pusher, Festen, Jagten, et dans l’excellente série Bedrag (Follow The Money) est la vedette de cette série qui s’annonce grinçante. Un peu chien battu, surtout touchant, parfois rageur qui couve, le comédien a une large palette. Ici, il incarne Karsten, un cinéaste de la catégorie dite «d’auteur». Son dernier film fait un four. En parallèle, sa femme, dont on devine qu’elle fait bouillir la marmite familiale, veut se mettre à son compte. Karsten doit trouver un vrai boulot, ce que lui propose son beau-père dans sa boucherie industrielle. Il croise un ancien ami d’école de cinéma, revenu de Hollywood, qui se lance dans le porno… et veut faire du porno d’art avec Karsten. Un défi à la mesure de l’épatant Thomas Bo Larsen.

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