«Silence s’il vous plaît… Action!» Telmuun, sept ans et demi, se lance dans une brève présentation de lui-même. C’est sa toute première fois devant la caméra. Dans une pièce à côté, un homme attaché à une chaise, le visage ensanglanté, semble passer un sale quart d’heure. «On tourne un film de gangster», glisse la réalisatrice en plein travail. 

Nous sommes dans les locaux de l’usine Kugler où se déroule la sixième édition du Kino Kabaret de Genève. Le principe est simple. Pendant deux semaines, passionnés de cinéma, professionnels en devenir et confirmés se retrouvent dans un seul but: réaliser des films. «Ils ont quatre jours, deux pour le tournage et deux pour la production. Le film doit durer six minutes maximum», explique Damien Molineaux, cinéaste et co-directeur du Kino Kabaret. Le matériel est prêté par les partenaires du festival et tous travaillent bénévolement.

Faire avec rien

A l’origine, le concept a vu le jour à Montréal à la fin des années 1990. Il répondait à un besoin de création de jeunes cinéastes. Le Kino Kabaret a rapidement rencontré un grand succès et s’est exporté dans plusieurs villes, dont Genève. Cette année, 340 personnes dont des réalisateurs, comédiens, costumiers, maquilleurs, monteurs, ingénieurs son, étalonneurs ainsi que des chefs opérateur ont pris part à l’événement au bout du lac. Un record.

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Les tournages ont eu lieu dans les rues de la ville mais aussi dans des endroits insolites tels qu’une salle de cinéma, une voiture ou un appartement prêté pour l’occasion. La devise du festival est d’ailleurs évocatrice: «Faire bien avec rien, faire mieux avec peu mais le faire maintenant».

Fond vert

Film d’horreur, drame, improvisation, le thème reste libre et chaque «kinoïte» se joint au projet qui l’intéresse. Devant un fond vert, Charles Brepsant, réalisateur, exprime son enthousiasme. «Le Kino est un endroit incroyable où l’on fait des films ensemble, hors de l’industrie du cinéma et du financement. On participe pour l’amour de la création», affirme-t-il. Septante participants, dont Telmuun, sont passés devant sa caméra pour raconter quelque chose de particulier sur eux-mêmes.  L’idée est de briser les catégories dans lesquelles nous sommes enfermés», raconte-t-il. Film d’horreur, drame, improvisation, le thème reste libre et chaque «kinoïte» se joint au projet qui l’intéresse.

Damien Molineaux met l’accent sur le terme de laboratoire. «Le Kino est un espace de création et de spontanéité. Les participants sont ici pour expérimenter, essayer. L’erreur est permise et il n’y a pas de compétition», souligne-t-il. Les premiers bénéficiaires sont les jeunes talents qui sortent des écoles de cinéma. «Ils ont besoin de pratiquer, de faire des rencontres. Le Kino leur offre ce cadre», précise le co-directeur.

Cette sixième édition a été marquée par l’augmentation du nombre de participants professionnels. «La qualité des films s’améliore aussi au fil des années», déclare Damien Molineaux. En tout, plus d’une trentaine de courts métrages ont été réalisés et diffusés lors de trois projections publiques. La dernière a lieu ce soir à 21 heures, à la salle de la Madeleine.