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Au Forum Meyrin, la chorégraphe sud-africaine Dada Masilo a proposé une version personnelle, c’est-à-dire politique et endiablée, de «Giselle».
© John Hogg

Festival

A Genève, la 41e édition de La Bâtie a fait fort

Mohamed El Khatib, Laurence Yadi, Anne Teresa De Keersmaeker, Oskar Gomez Mata ont régné sur une quinzaine aussi enthousiasmante que délicate. Notre bilan

Les histoires d’amour finissent parfois bien. Alya Stürenburg Rossi clôturera ce samedi un règne de dix ans à la tête du festival La Bâtie à Genève. Elle ne l’a pas révolutionné, mais, à vrai dire, personne ne le lui demandait. Elle en a soigné le profil, contemporain classique, aventurier sans excès, ouvert aux artistes de la scène les plus significatifs du moment. Elle a été soucieuse aussi de faire de sa quinzaine un rendez-vous de référence, en privilégiant depuis 2009 un invité de marque, le compositeur John Adams l’an passé, le metteur en scène hispano-genevois Oskar Gomez Mata et l’artiste français Mohamed El Khatib cette année.

«A Love Supreme» à la folie

Cette 41e édition a tenu ses promesses et plus que ça. On n’a certes pas tout vu – à l’affiche, une quarantaine de concerts et spectacles –, mais on a vécu, certains soirs, la liesse d’un public amoureux ou tout simplement reconnaissant. Impossible d’oublier par exemple le solo méditatif de la danseuse genevoise Laurence Yadi, dirigé par son compagnon Nicolas Cantillon dans Today.

Et que dire des quatre garçons en noir d’A Love Supreme, de leur façon d’épouser l’élégie charmeuse de John Coltrane, de se lover dans son souffle – pièce sublime d’Anne Teresa De Keersmaeker et de Salva Sanchis?

La révélation de Mohamed El Khatib

L’intelligence du corps, donc, a caractérisé cette édition. Mais aussi la légèreté et une humanité troublante. On a découvert ainsi le travail de Mohamed El Khatib, cet ex-sociologue qui tisse sa toile en marge de la fiction, dans le terreau des situations précaires de la vie quotidienne et des émotions. On a aimé retrouver Oscar Gomez Mata et son théâtre qui confronte le public à la dure réalité mais sur un mode ironique qui n’oublie jamais de s’amuser.

La pièce coup de poing de Vincent Macaigne

Un ton dans lequel s’inscrit l’amuseur Pieter Ampe, auteur d’une chronique de la séduction qui finit par une réflexion bouleversante sur la création. Sans oublier le très stylé Mathieu Bertholet, qui a livré une version fluide de 4.48 Psychose, œuvre testamentaire de Sarah Kane.

Vincent Macaigne, en revanche, défend une esthétique baroque et coup de poing: il cogne contre le capitalisme en déroute. Vu au Théâtre de Vidy, son Je suis un pays... tranche dans cette Bâtie butineuse et rappelle des éditions plus sombres, celles consacrées à Milo Rau et Gisèle Vienne. 

Stephan Eicher pour la dernière nuit

Et Alya Stürenburg Rossi, que retient-elle de ces jours insomniaques? «L’ultime soirée de cette édition, celle que je n’ai pas encore vécue et qui aura lieu ce samedi soir au Lieu central – la Maison communale de Plainpalais. Stephan Eicher, Simon Baumann et leur Polstergruppe investiront les étages du bâtiment et le spectateur déambulera à sa guise.» Au bout de cette flânerie musicale, elle fera sans doute ses comptes: selon les premières estimations, cette édition a attiré près de 35 000 spectateurs pour un taux d’occupation des salles dépassant les 90%.

L’une des pièces les plus délicates qu’on a vues s’appelle Finir en beauté, salutation de Mohamed El Khatib à sa mère défunte. Ce titre vaut comme commentaire: Alya Stürenburg Rossi finit en beauté.

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