Une maison à Genève. Une résidence secondaire, mais avec tout le confort technique souhaité, à Annecy. A 40 ans, le chorégraphe vaudois Gilles Jobin et sa compagne, la performer et danseuse La Ribot, ont décidé d'implanter leur compagnie au bout du lac. Après sept ans à Londres, le couple et son équipe, réunie sous la bannière de Parano Fondation, établissent leur camp de base sur sol genevois. Ils l'ont annoncé hier à la presse, au bistrot des Bains des Pâquis, sur une jetée, comme pour signifier qu'un ancrage nouveau n'exclut pas le goût du large.

Un retour ne justifie pas en soi qu'on regarde les journalistes dans les yeux. Gilles Jobin voulait surtout officialiser un partenariat unique en Suisse romande: l'artiste et sa troupe bénéficient depuis l'automne du soutien financier du Théâtre de Bonlieu à Annecy, maison qui a l'habitude d'accueillir maîtres vénérés - le chorégraphe Josef Nadj ou le metteur en scène Matthias Langhoff - et avant-garde indisciplinée. Directeur passionné de cette institution, Salvado Garcia était présent aux Bains des Pâquis. «Sur le papier, Bonlieu est un espace d'accueil et de diffusion, expliquait-il. Mais nous avons décidé d'y installer une cellule de création comprenant quatre artistes, dont Gilles Jobin, l'un des chorégraphes les plus internationaux du moment.»

Gilles Jobin et Parano Fondation innovent, donc. Outre l'appui du très coté Théâtre de la Ville à Paris, «l'entreprise Jobin» compte désormais deux bailleurs de fonds puissants: Bonlieu qui allouera annuellement pendant trois ans l'équivalent de 210000 francs (argent et prestations compris) et la Ville de Genève qui augmente son aide pour 2006 de 80000 à 150000 francs. Additionnées, ces sommes correspondent à un peu plus du tiers du budget 2006 de la compagnie: 950000 francs.

Avalanche de chiffres? Oui. Mais Gilles Jobin est un pragmatique. Au début des années 90, à l'Usine de Genève, il construisait ses pièces avec quelques cartons, du muscle et une poignée de projecteurs. Aujourd'hui, il vend à l'étranger des spectacles qui sont aussi pourvoyeurs d'emplois. «En 2005, nous avons fait travailler 38 personnes, danseurs, techniciens, assistants de production», déclarait hier l'artiste en patron de PME.

Mais pourquoi s'ancrer à Genève et pas à Lausanne, point de chute jusqu'à présent de la troupe? «Parce qu'il y a une ouverture ici à l'art contemporain que je ne trouve pas ailleurs en Suisse romande. Parce que Genève est au cœur d'une région qui va d'Annecy à Lyon, de Lausanne à Belfort. Je pense le développement de la compagnie en terme de région, au-delà des frontières.»