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Les danseurs du Ballet du Grand Théâtre, dans «Une autre passion», création signée Pontus Lidberg.
© Gregory Batardon

Spectacle

A Genève, le ballet aquatique de Pontus Lidberg en quête de souffle

Le cinéaste et chorégraphe suédois entraîne le ballet du Grand Théâtre dans une «Passion» aussi ambitieuse qu’inaccomplie. Comme si Bach résistait à la danse

Comment résister à la tentation de Bach? A sa «Passion selon saint Matthieu», le crépuscule du Christ sublimé en chant consolateur? Comment ne pas imaginer un cortège de chair, des âmes chancelantes, les larmes d’une mère, le silence souverain du sauveur? Ces images, c’est le trésor du mélomane. Et il est difficile d’en faire une toile partageable, une pièce qui rendrait justice au vertige de cette musique. C’est ce qu’on se dit devant «Une autre passion», création ovationnée pourtant du chorégraphe et cinéaste suédois Pontus Lidberg. A l’Opéra des Nations à Genève, le Ballet du Grand Théâtre offre un spectacle aussi ambitieux qu’inaccompli.

Pontus Lidberg l’annonçait en amont. Il ne voulait pas que cette «Autre passion» célèbre le dernier jour du Christ. Il souhaitait donner à l’œuvre une résonance contemporaine, parler de nous, observateurs souvent protégés des tragédies de la planète. Sous des nuages de pastorale, le chœur monte – c’est celui fameux de Munich, dans la version de 1959, celle de Karl Richter, choisie par Pontus Lidberg. Et puis voici que des mains, puis des doigts, puis des jambes apparaissent sur la paroi blanche qui tient lieu de décor et d’écran. La façade vole en éclats: des modules sur roulettes. Des garçons en pantalon et en veste immaculés, des filles au blanc céleste elles aussi domptent l’obstacle: une poussée ici, une autre là et l’espace se reformule.

Un lyrisme gestuel convenu

Une seconde, on ferme les yeux, chaviré par Bach, sa tendresse bouleversante. Quand on les rouvre, on comprend la limite du spectacle. Les danseurs obéissent aux inflexions tragiques: le buste est altier quoique tourmenté, les bras aspirent à embrasser le ciel, tout respire la douleur transfigurée en virtuosité. Mais ce théâtre du corps paraît bien convenu. Est-ce le temps qui a manqué pour être plus inventif? La panoplie de Pontus Lidberg qui manque sur ce coup d’amplitude? Le pouvoir de la musique qui condamne la danse à n’être qu’une pâle virevolte?

Le salut par les images

Le meilleur de cette «Autre passion» est significativement cinématographique. Comme si Pontus Lidberg était moins intéressé par le chemin que par les stations. Celle-ci par exemple. Dans le silence, une interprète avance sur la corniche de la paroi reconstituée en écran. Elle plonge dans le noir. A l’image, on découvre des bas-fonds hantés: des corps siliconés, androïdes anonymes, accueillent le visiteur des abysses. Ces eaux sont létales, mais pas désespérées. Plus tard, on y verra flotter un jeune homme blond qu’on dirait échappé de «Mort à Venise». Dans ses doigts, un petit agneau, jouet et symbole pascal à la fois d’une résurrection.

Une communauté d’ombres

Devant ces tableaux filmés, la troupe forme un chœur, comme une communauté d’ombres saisies par le destin à venir. A un moment, dans une lumière d’orage, soufflés par la musique, les danseurs déferlent comme des oiseaux fous, attirés par la paroi. Ils se heurtent à elle, s’effondrent un instant, puis repartent dans la même pagaille. Certains paraissent écrire un nom sur ce mur. Le geste est élémentaire et beau. Juste une trace. Bach se charge du reste.


Une autre passion, Genève, Opéra des nations, jusqu’au 6 avril; rens. https://www.geneveopera.ch/accueil/

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