Au 1 rue Chantepoulet, un géant sort de son long sommeil. Dix-sept ans ont passé depuis la dernière séance, depuis que le rideau est tombé sur le grand écran au cadre doré, dix-sept ans que les projecteurs du Plaza ne ronronnent plus. Mais le mythique cinéma genevois, menacé de démolition avant d’être sauvé en 2019 avec son rachat par la Fondation Hans Wildorf, amorce aujourd’hui sa renaissance – et sa métamorphose: cœur battant d’un futur centre culturel, Le Plaza rouvrira ses portes en 2024 dans ses nouveaux apparats, dont les contours ont été dévoilés mercredi.

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«Conserver, mettre à jour, pérenniser»: tels sont les mots clés du projet du bureau genevois FdMP Architectes, sélectionné parmi une douzaine de propositions par un jury composé d’ingénieurs, d’architectes, de personnalités du cinéma (dont la productrice Pauline Gygax) et de spécialistes du patrimoine. Car Le Plaza, chef-d’œuvre moderne conçu en 1952 par l’architecte Marc-Joseph Saugey et emblème de l’esprit des Trente Glorieuses, a été classé l’an dernier. Le défi? Rénover sans dénaturer, tout en adaptant le bâtiment d’origine aux exigences techniques et acoustiques du XXIe siècle.

Banquettes et brasserie

Bien conservée et étudiée à l’aide de documents d’archives, l’œuvre de Saugey guide en grande partie le projet lauréat: les grands volumes du Mont-Blanc Centre, la salle de cinéma «évasée, à la plastique intemporelle évoquant des coques d’aviation» ainsi que les structures rouge et bleue en aluminium «inspirées des gratte-ciels américains» seront conservés, détaille Emeline Debackere-Gutierrez, membre de FdMP Architectes. Le célèbre cadre doré autour de l’écran restera lui aussi en place mais, escamotable, permettra la diffusion de films au format cinémascope. Comme à l’époque, un grand rideau marquera le foyer.

Perché au-dessus des 520 fauteuils du parterre, le balcon accueillera de longues banquettes en velours où l’on dégustera longs métrages et petite restauration. Une fusion rendue possible par la remise à neuf de la Brasserie Europe, connectée au cinéma comme à la rue qu’elle surplombe. Si le restaurant conservera son nom, il proposera un concept gastronomique innovant intrinsèquement lié au monde du cinéma. Quant au glacier historique du rez-de-chaussée, il sera lui aussi rénové et accueillera une petite bibliothèque.

Alors que le passé brillera dans les étages, au sous-sol, ce sera retour vers le futur avec une salle circulaire pour des projections immersives à 360°. Tous les espaces du centre, modulables, pourront accueillir concerts et conférences dans une atmosphère «chaleureuse et dynamique», conclut Emeline Debackere-Gutierrez.

Futurs locataires

«Cette proposition croise avec brio et une intelligence sensible l’esprit de Saugey et nos attentes tournées vers un cinéma multiforme à l’esprit contemporain», se réjouit Jean-Pierre Greff, directeur de la HEAD et président de la Fondation Plaza. Qui connaît déjà quelques futurs locataires du centre: le Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH) et le Geneva International Film Festival (GIFF), dont les bureaux seront nichés au-dessus du cinéma, ainsi que la Fondation romande pour le cinéma Cinéforom.

Pour patienter d’ici à l’automne 2024, Le Plaza expose, dès vendredi, l’ensemble des projets architecturaux soumis ainsi que de multiples propositions artistiques. Parmi elles, les travaux de cinq photographes réalisés in situ et un film en hommage à l’histoire du Plaza signé Stéphane Riethauser. Et si vous longez la rue du Cendrier, levez les yeux: le pouls du Plaza bat déjà sur ses vitrines.


Plaza: Passé, Présent, Futur. Exposition dans et autour du Plaza, à Genève. Du 1er au 10 octobre, de 14h à 19h.