L'ouragan des dernières notes du Quatuor N° 15 en la mineur op. 132 de Beethoven vient de passer. Face aux applaudissements insistants du public, la voix du premier violon Peter Cropper prend un ton ironique qui trahit néanmoins des signes de fatigue: «Qu'est-ce qu'on peut jouer après ça?»

Des hésitations, puis le Quatuor Lindsay se lance à cœur perdu dans la douce mélancolie du «Lento assai, cantante e tranquillo», mouvement lent de la seizième et dernière composition pour quatre archets de Beethoven. Voilà qui clôt avec retenue la première soirée de la série des Concerts de musique de chambre qui se tient au Conservatoire de Genève. Probablement la dernière occasion de voir sur scène l'ensemble britannique: cette tournée est leur dernière page artistique commune, elle sera suivie par la séparation des quatre musiciens en juin 2005.

La première partie du programme, centrée sur le Quatuor en sol majeur op. 76 N° 1 de Haydn, révèle d'entrée un jeu essentiel, fait d'un son âpre et d'une économie extrême de vibratos. Une approche cohérente, qui a le mérite de conférer à l'œuvre des teintes très organiques, incisives et convaincantes lors des mouvements rapides, mais moins séductrices sur le sublime «Adagio» et ses passages mezza voce. Ici, les aigus des violons demanderaient davantage de finesse.

La suite en patchwork du compositeur contemporain Vic Hoyland, fait de clins d'œil à l'Extrême-Orient et de retours aux sonorités occidentales, surprend par le calme qu'elle dégage. Dans l'assistance, quelqu'un ferme les yeux et apprécie, d'autres supportent avec patience. L'unanimité revient avec l'intense interprétation du quatuor de Beethoven. Aux échos de l'immense «Adagio» avec ses courts sursauts en crescendo, répondent les notes triomphales de l'«Allegro appassionato» que le Quatuor Lindsay achève avec éclat.