Scènes

A Genève, deux migrants se racontent sur une scène

Dans «50», à voir au Théâtricul de mardi à samedi, un jeune Malien et un jeune Ivoirien évoquent leur traversée clandestine de l’Afrique à Paris. Vivant et édifiant

C’est un des coups de cœur du dernier Festival d’Avignon. Sur les 1400 spectacles qu’a comptés la sélection off en juillet dernier, 50 a été classé parmi les 15 productions les plus remarquées. L’Ivoirien Siriki Traoré et le Malien Mohamed Koné, mis en scène par Kamel Zaoui, racontent leur exil avec tant d’esprit et de sincérité que le bouche-à-oreille a fonctionné et le public s’est rué. Grâce à la nouvelle direction du Théâtricul, petite scène genevoise située à Chêne-Bourg, les spectateurs romands peuvent découvrir cette pièce témoignage qui donne un corps et une âme à la migration. Stéphane Michaud, du collectif de gestion du Théâtricul, explique la particularité de cette création dont le titre, 50, évoque le numéro de ticket de l’un des migrants, à la préfecture de police, à Paris.

Le Temps: Stéphane Michaud, que raconte «50»?

Stéphane Michaud: 50 raconte le voyage de Siriki et Mohamed, alors juste majeurs, de l’Afrique à Paris et aussi leur vie en Europe depuis. Dans le spectacle, ils se rencontrent à la préfecture de police en attente d’un papier de régularisation. En réalité, ils se sont rencontrés sous un pont parisien en 2014. Sinon, tout est vrai dans le récit qu’ils livrent au public de manière très directe, sans décor, ni artifices. On apprend comment Siriki a traversé la Méditerranée et comment Mohamed est arrivé au Maroc et a franchi le fameux mur de Ceita, haut de 7 mètres. Avec leurs témoignages, la migration n’est plus seulement un sujet théorique, mais une expérience vécue.

Le spectacle est-il grave, mélancolique?

Non et c’est sa force. Le texte n’est jamais moralisateur ou pesant, il est toujours libre et enjoué. Lorsqu’ils sont arrivés à Paris, ces deux jeunes ont été soutenus par une association d’aide aux migrants qui leur a recommandé un atelier d’écriture et de jeu pour mettre en mots les difficultés de l’exil: le voyage, bien sûr, mais aussi la vie à Paris et la nostalgie de leur pays. Dans cet atelier, ils ont rencontré le metteur en scène Kamel Zaoui qui a couché leur histoire sur le papier de manière très énergique, en conservant une forme d’innocence, et leur a promis de les programmer à Avignon s’ils réussissaient leur bac… Ce qui fut fait!

Avec «50», la migration est-elle plutôt encouragée ou démystifiée?

Je dirais les deux. A la fin du spectacle qui se veut très pédagogique, il y a un bord de scène où les deux acteurs répondent volontiers aux questions. Il se trouve qu’un des personnages est assez désenchanté et a plutôt envie de rentrer chez lui alors que le second souhaite rester en France. Dès lors, on a une vision contrastée du sujet et on prend conscience que, finalement, migration ou non, la vie est toujours une affaire de courage et de résilience. Si j’ai eu un tel coup de cœur pour ce spectacle, c’est parce qu’il montre que rien n’est jamais joué d’avance et que l’être humain peut se relever de situations effroyables. Ce message est capital et vaut pour n’importe quel individu, quels que soient son âge, son origine sociale ou sa situation politique.


50, du 26 février au 2 mars, Théâtricul, Genève.


Un précédent spectacle dans ce théâtre: Shots amoureux à Genève

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