Il y a chez Dominique Ziegler une naïveté et une honnêteté qu’il faut saluer. Qu’il raconte Jean Jaurès, Lénine ou, ici, en 58 av. J.-C, la déculottée des Helvètes face à César en pleine ascension impériale, l’auteur et metteur en scène genevois tient à instruire les foules en déroulant la «vérité» historique à la manière d’un livre d’images. Malheureusement, ce qui est bon pour l’édification l’est moins pour la magie théâtrale. Helvetius pèse son poids d’or celte et, si certains acteurs parviennent parfois à faire vibrer le plateau de l’Alchimic, comme Vincent Ozanon en César, Marie Druc en druidesse ou l’hilarant Jean-Paul Favre dans plusieurs personnages, le spectacle suscite souvent l’incrédulité tant il est gauche, scolaire et encombré.

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On est d’accord, le théâtre peut aussi retracer de grandes épopées. Pour ne pas tomber dans l’évocation plombante, il créera alors une intimité avec les personnages et parlera de l’universel en suivant un destin particulier. Dans Helvetius, Dominique Ziegler tente ce pari en se focalisant sur Jules César et en montrant à quel point le consul romain orchestre toute son action politique autour d’un seul but, devenir empereur.

Empereur ou rien!

Ainsi, souligne l’auteur genevois, la conquête des Gaules de César n’est pas motivée par une envie d’amener la modernité à de nouveaux sujets, mais par le souci d’amasser des territoires pour épater la plèbe et l’élite romaines afin d’asseoir son pouvoir. En face, les Helvètes ont aussi une poussée d’orgueil. Désirant être roi en dehors de ses terres, Orgétorix (Ludovic Payet) invite son peuple à émigrer dans «le pays des Santons». Le clash entre les deux mouvements est sanglant. Au jeu de la négociation et surtout de la trahison, le général romain l’emporte haut la main et les rares Helvètes qui échappent au massacre sont raccompagnés chez eux alors qu’ils avaient tout brûlé avant de partir. La Suisse en cendres, l’image plaît au rebelle Ziegler.

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Qui dit péplum dit dialogues musclés. Dominique Ziegler se fait plaisir et assène formule sur formule («Le repos, c’est la mort», «Rome est le peuple. Le peuple est Rome», «Ici même je mourrai ou je naîtrai»). Mais qui dit péplum dit aussi grands moyens et là, en termes de batailles sanglantes ou de peuples affamés, le théâtre en chambre est plutôt démuni.

Zèle scolaire tardif

Dès lors, on assiste à un double spectacle. Le premier degré qui avance avec ses effets de manche et son désir de sidérer. Et le second degré, involontaire, qui rend tout ce chambardement comique, à force d’être décalé. Reste l’histoire, la grande, celle qui montre que les Suisses d’hier ont souffert comme souffrent les peuples en guerre aujourd’hui.

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De son propre aveu, Dominique Ziegler a été un élève indiscipliné. Son engouement pédagogique tardif est touchant, mais le théâtre préfère les garnements.


Helvetius, jusqu’au 22 septembre, Théâtre Alchimic, Genève