Bien sûr, il y a l’OSR, sans qui la Genève classique ne serait pas ce qu’elle est. Avec ses deux programmes symphonique et lyrique, l’orchestre bientôt centenaire fondé par Ernest Ansermet anime activement la vie musicale. Mais il y a aussi les ensembles prestigieux, qui rythment régulièrement les saisons musicales au Victoria Hall.

Ces invitations représentent des respirations classiques indispensables, offrant le bonheur d’entendre des phalanges d’exception. Elles s’avèrent aussi essentielles pour replacer le curseur de l’excellence au niveau d’une ville de réputation internationale.

Elargissement de la palette

Avoir la chance d’entendre l’Orchestre philharmonique de Berlin, dirigé par Gustavo Dudamel, qui vient pour la première fois à Genève le 27 juin prochain, c’est la plus belle conclusion de saison qu’on puisse rêver. Grâce à l’agence Caecilia, qui depuis l’arrivée de Steve Roger il y a cinq ans accueille des grands noms comme ceux de Vienne, Saint-Pétersbourg, San Francisco, Chicago, du Bolchoï ou de l’Opéra de Paris, la cadence symphonique de luxe s’est accélérée.

L’agence créée par Louise-Antoinette Lombard en 1958, puis reprise en 1964 par Pedro Kranz, est célèbre pour ses artistes et ses séries de musique de chambre et de grands interprètes. La palette s’élargit donc, à raison de deux à trois formations orchestrales supplémentaires par an, hors abonnement.

Steve Roger souhaite régulariser et développer ces invitations, réalisées en tant que tourneur ou représentant d’artistes et d’ensembles. Mais il faut cravacher dur. «Pour une institution complètement privée et non subventionnée comme la nôtre, l’équilibre financier est compliqué à réaliser», révèle de codirecteur de Caecilia.

«Nous devons jongler avec des prix de places qui ne soient pas décourageants pour le public et des partenariats à entretenir ou accroître afin de maintenir une politique d’invitation de très haut niveau. Sans l’aide des sponsors et mécènes, nous ne pourrions jamais accueillir les orchestres que nous proposons.»

L’autre grand programmateur symphonique genevois qui propose aussi de belles soirées ne répond pas aux mêmes exigences. «Le cas de Migros Classics est très différent, précise Steve Roger. Leur série d’orchestres en tournée bénéficie d’un budget institutionnel. Le Pour-cent culturel permet des tarifs plus attractifs et garantit une stabilité. Mais d’un autre côté, les prix d’orchestres comme Berlin ou Vienne sont trop élevés pour leur politique tarifaire.»

Travail «en harmonie»

Une forme de rivalité? «Non, nous nous consultons souvent pour travailler en harmonie. Caecilia propose même régulièrement des orchestres ou artistes à Migros Classics.»

Si les formations américaines ou anglaises ne sont pas très fréquentes à Genève, c’est d’une part que les orchestres ne sont pas subventionnés, donc onéreux. Mais aussi que la réputation des villes visitées s’avère essentielle.

«Les phalanges renommées recherchent le prestige. Soit des villes, comme Paris, Berlin, Amsterdam, Londres ou Vienne, pour leur histoire et la qualité des orchestres qui s’y produisent. Soit des salles exceptionnelles, pour leur confort de travail et d’écoute, leur architecture extraordinaire ou leur visibilité, comme le KKL de Lucerne ou l’ElbPhilharmonie de Hambourg plus récemment. Genève ne fait pas toujours partie des cités que les tourneurs s’arrachent. Cela devrait certainement changer avec la nouvelle Cité de la musique.»

De son côté, Mischa Damev, chargé depuis 2007 de la division musique de la Migros, programme huit concerts annuels à Genève avec de grands orchestres en tournée. Les ensembles invités se produisent dans plusieurs villes à l’occasion de tournées en Europe ou en Suisse. Avec Lucerne, Zurich, Berne et La Chaux-de-Fonds, Genève s’inscrit donc dans un parcours général.

Depuis dix ans, après avoir été pianiste puis chef d’orchestre, Mischa Damev puise dans un réseau bâti de longue date sur des relations de confiance et de complicité artistique. «Tous ceux qui passent chez nous veulent revenir, grâce à notre petite équipe qui les soigne, et un public beaucoup plus diversifié que ceux des festivals ou des séries classiques traditionnelles.»

«J’essaye de programmer chaque année un orchestre moins connu à découvrir. Si la prestation s’avère ne pas être à la hauteur de nos attentes, j’attends pour le réinviter. Pour les autres, j’ai la chance de bénéficier d’un rapport amical avec la grande majorité des chefs, que je connais depuis longtemps. Nous définissons ensemble les affiches, en fonction de nos désirs, et de la satisfaction du public.» Une audience qui ne boude pas son plaisir.


Caecilia

Victoria Hall, le 27 juin à 20h: Berliner Philharmoniker (Gustavo Dudamel).

Saison 2017-2018: Philharmonique de Saint-Pétersbourg (Yuri Temirkanov/Francesco Piemontesi), National de France (Emmanuel Krivine/In Mo Yang), Royal Philharmonique de Londres (Charles Dutoit/Martha Argerich), Philharmonique de Vienne (Zubin Mehta). Plus six concerts de solistes exceptionnels au Victoria Hall et dix soirées de musique de chambre au Conservatoire. Rens.: 022 322 22 40, www.caecilia.ch


Migros Classics

Saison 2017-2018: Philharmonie tchèque (Truls Mork), National d’Espagne (David Afkham/Javier Perianes), National de Russie (Mikhaïl Pletnev/Nikolaï Lugansky), Mahler Chamber Orchestra (Daniele Gatti), Symphonique de Berne (Mario Venzago/Kit Armstrong), Symphonique de la BBC (Sakari Oramo/Vilde Frang), Théâtre Mariinski (Valery Gergiev), Symphonique de Vienne (Philippe Jordan/Gautier Capuçon). Rens.: 058 568 29 00, www.culturel-migros-geneve.ch