Une délivrance. Lundi soir, le Poche à Genève était une tanière et le spectateur un loup. Masqué comme il se doit, on se dévisage, comme si on n’en revenait pas de se retrouver là, six mois après l’annonce de la fermeture des salles. Sur le pavé, à l’entrée du théâtre, Mathieu Bertholet, directeur de la maison, veille en chef de meute sur les élus qui s’engouffrent dans le repaire: 43 personnes, confiera-t-il plus tard. Toutes là pour renouer avec le jeu du soir, ce plaisir de goûter à une langue étrange et familière, de sentir vibrer l’inconnu qui est votre voisin.

Tous dans la gueule du loup. Les salles romandes rouvrent. Pas toutes pourtant. Pour certaines, l’enjeu n’en vaut pas la chandelle. La règle est trop contraignante: elles n’ont droit qu’à un tiers de leur jauge, jusqu’à 50 personnes. Au Poche, il n’était pas question de rechigner. Depuis octobre, un ensemble de six comédiens engagés pour la saison a répété tous les spectacles à l’affiche, comme si de rien n’était. Mathieu Bertholet a ainsi aiguisé Gouttes d’eau sur pierre brûlante, d’après Rainer Werner Fassbinder, à voir dès mercredi – mais complet. Anne Bisang, elle, a poussé quatre actrices et acteurs dans les cordes d’un pugilat domestique.