Un goût toujours plus marqué pour le cinéma, une préférence pour la culture festive (Fête de la musique, Nuit des musées, etc.), et un engouement pour les bibliothèques; mais tous les autres domaines stagnent: depuis 1992, date d'une première enquête, voici les évolutions marquantes des habitudes culturelles des Genevois. Commandée par le chef de l'Instruction publique, Charles Beer, et le Département municipal des affaires culturelles de Patrice Mugny, une étude de MIS Trend a permis d'interroger 800 citoyens. Les deux responsables se réjouissent des résultats, s'appuyant notamment sur la réponse des sondés lorsqu'on leur demande si Genève est une «ville dynamique culturellement»: 76% sont d'accord, contre 45% en 1992. «Une progression considérable», relève Patrice Mugny. Charles Beer salue une «baisse générale de l'insatisfaction du public» mais estime qu'il «ne faut pas céder à un optimisme exagéré».

En effet, l'enthousiasme des notables est vite rafraîchi par certaines données. Hormis donc le cinéma – secteur non subventionné – et le boom des bibliothèques, même auprès des jeunes, étonnant à l'heure d'Internet, tous les autres secteurs sont à la baisse. Dans les douze mois écoulés, 63% des sondés se sont rendus dans un musée, contre 68% en 1992. La danse classique ou contemporaine recule de cinq points à 25%, et les autres genres, théâtre ou concerts, perdent deux à trois points. Pis, la soif de telles sorties semble s'affaisser. En 1992, ils étaient 72% à vouloir aller plus souvent au théâtre, ils sont 61% cette année. Les responsables l'expliquent par le fait que la population se sentirait en quelque sorte rassasiée grâce à l'augmentation de l'offre. Il n'empêche que la démocratisation de l'accès à la culture n'a pas progressé en douze ans: les sondeurs mettent en évidence le fait que ce sont toujours les habitués d'un type de manifestations culturelles qui en redemandent. D'autant que les Genevois se montrent sévères à l'égard du prix des billets: 56% le trouvant trop élevé.

D'emblée, les deux magistrats précisent que cette enquête n'influencera pas l'attribution des subsides: «Les sondages ne dirigent pas notre politique», lance Charles Beer. A leurs yeux, ces résultats montrent où des efforts de promotion doivent être faits, et confortent les subventions à la création indépendante, remises en question au Grand Conseil.