«Replay» est un spectacle né d’une rage. Une pièce où la parole est un personnage et où les auteurs, de jeunes gens tristes à en devenir violents, écrivent pour ne pas prendre les armes. Peu d’actions sur la petite scène genevoise de La Traverse, au cœur des Pâquis, ce quartier parfois chahuté.

Mais un flot de mots qui racontent l’impuissance face un monde où le mensonge, l’injustice et l’arrogance mènent la danse. C’est bien? Il faut y aller? Oui, si l’on souhaite entendre, dans une langue à la fois leste et lestée, le désarroi de nos enfants.

De fait, quatre adultes encore adolescents

Sur la scène, quatre adultes encore adolescents. Ignace (Aymeric Trionfo), le cheveu noir et la mine grise, dit d’entrée qu’il est triste à se flinguer. Il est affalé dans un fauteuil qui a pris sa forme à force de prostration et cultive un rapport d’amour-haine avec son écran, ordinateur de sa survie. Ecrire pour maudire, écrire pour construire, là n’est plus la question. Ignace, malgré son nom de Jésuite, a déjà abandonné la partie. A ses côtés, Céline (Sandrine Desmet) est couchée dans son lit, une peluche à portée. Elle est tout aussi lucide, mais plus réjouie. Aux infos stéréotypées que crache sa télé, la jeune femme préfère le théâtre humain qui se joue dans sa rue et espère encore une autre vie.

Toujours face à nous et toujours dans un rapport aveugle aux autres, il y a encore Christophe (Chris Baltus). Le plus informé des tchateurs compulsifs, le plus névrosé aussi. Car, contrairement à ses frères de détresse qui avouent leur confusion, lui pense savoir comment et par quelles puissances néfastes le monde est dirigé. La théorie du complot, c’est son vivier. Il en est parfois drôle – les douze récepteurs visuels des crevettes, une perle! –, le plus souvent, il en est glaçant. Et puis, il y a Charlie, Théo, en fait (Samuel Heyndrickx). Un gosse totalement perdu, affolé, qui s’est rallié à la bannière Charlie faute de savoir qui il est. Un monologue alternant le «je suis» existentiel et le «je suis» fonctionnel, celui du suiveur, offre d’ailleurs à cet acteur le morceau de bravoure de la soirée.

«Les cons rendent triste»

Dans les deux premières parties de ce spectacle écrit et mis en scène par Alexis Bertin, un Genevois parti étudier le théâtre en France et en Belgique, ces quatre veilleurs déroulent sur un forum de discussion l’écheveau emmêlé de leurs pensées.

On y entend des phrases d’anthologie comme «les cons rendent triste», «je peux encore voter, oui, pour Obama, Mélenchon ou le parti des Pokemon, attaque éclair de Poutine contre attaque bulle d’eau d’Obama! Mais j’aimerais bien que ces Pokemon évoluent. Et nous stagnons.» Ou encore: «Je ne peux plus parler et je ne peux plus me taire. Je ne vois pas de solution.» Réuni chez Céline, le quatuor tente d’imaginer dans le troisième volet une manière plus solidaire et moins solitaire d’exister. Vont-ils y arriver? On taira l’issue. Cette partie, plus théâtrale, est la plus réussie. Le premier univers, plus littéraire, manque souvent de prises auxquelles se raccrocher. Mais, malgré ses maladresses et, parfois, un soupçon de présomption, la soirée est un cri qui mérite d’être écouté.

Replay, jusqu’au 30 janvier, La Traverse, Genève, 022 909 88 94, www.mqpaquis.ch