Spectacle

A Genève, le journal d’un égotiste fugueur

Le Genevois Mathias Glayre propose un autoportrait fictif savoureux, qui s’épuise dans sa deuxième partie, à voir au Théâtre du Grütli

Un spectacle sur presque rien, c’est-à-dire tout, il faut oser. L’artiste genevois Mathias Glayre a ce culot et ce talent. Au Théâtre du Grütli jusqu’au 17 novembre, il imprime sa marque, pattes d’oiseau fugueur, détente désinvolte façon Nouvelle Vague, celle dont François Truffaut a porté l’étendard dans les années 1960-1970. Il signe Cœur luxuriant et atteint, échappée emballante dans sa première partie, oiseuse, hélas, dans sa deuxième, méditative à l’heure de l’épilogue.

Mathias Glayre sait appâter. Il laisse deviner ses jambes d’abord, le reste du corps dissimulé derrière un écran de cinéma. Dans une lumière d’aquarium, il dit qu’il voudrait faire un spectacle sur rien. Il prête voix à un camarade estomaqué: «Comment, sur rien?» Et il répond, avec une nonchalance de premier de classe tête à claques: «Oui, comme la série Seinfeld. Il y aura Nelson Mandela, Nanni Moretti, Pascal et beaucoup d’autres…»

Immédiatement embarqué

On le retrouve à présent à bicyclette, à Genève, dans le quartier de Plainpalais. C’est le cinéaste Nicolas Wagnières qui le filme. Et on se sent immédiatement embarqué, comme sur le porte-bagage de Mathias Glayre. On est chez lui à présent, dans l’appartement de son personnage, qui est peut-être le sien. Il fait de la méditation sur son lit, ce qui désespère sa compagne qui voudrait bien un enfant.

Cœur luxuriant et atteint est le journal piquant et tendre à l’improviste d’un égotiste. Mathias Glayre y raconte les tribulations d’un jeune acteur en quête de lumière. Il se cherche un cap entre une comédienne aguerrie (Jaja Ricciardi) qui tente de le remettre en selle et un père mélancolique en rase campagne à qui il lit Les Essais de Montaigne. Chaque rencontre est un éclat d’ego. A un moment, il entend une voix d’ange. Une demoiselle chante au parc des Bastions, entourée d’une poignée d’élus, à la lueur d’un réverbère. C’est le moment de grâce de la soirée.

Le deuxième acte, théâtral celui-là, est faible. L’interprète enchaîne, en slip, les poses, entre pilates et taï-chi, secondé par sa voix off. Ce volet est cruel: il ne supporte pas la comparaison avec le film. Ce parti pris de détachement exigerait plus de métier, d’invention en tout cas. Jusqu’à cette charnière, on était séduit par un art d’accommoder le menu fretin d’une quête existentielle. Morale provisoire de l’histoire: la volatilité des ego tient mieux l’écran que les planches.


Cœur luxuriant et atteint, Genève, Théâtre du Grütli, jusqu’au 17 novembre, Théâtre du Grütlli

Hotel Jugoslavija, film de Nicolas Wagnières, Fonction cinéma, ma 12 à 19h.

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