De loin, on croirait à un long ruban – la HEAD en habits de fête. Des panneaux rouge et menthe, recouvrant les arcades du bâtiment, boulevard James-Fazy, dont les fenêtres ont été, elle aussi, rehaussées de films colorés. Une métamorphose heureuse signée Daniel Buren, artiste français bien connu pour ses réalisations in situ et son amour des rayures. Inaugurée ce jeudi, l’œuvre vient rejoindre la vingtaine que compte déjà la biennale heart@geneva, parcours artistique au bout du lac, lancée à la fin de l’été et prolongée jusqu’à la fin novembre.

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Une troisième édition qui a failli ne jamais voir le jour, enrayée par la pandémie et le manque de soutien financier. C’était mal connaître Marietta Bieri, directrice de l’association, déterminée à assurer sa mission: «soutenir les jeunes artistes locaux en leur offrant une visibilité, un public différent. Et amener l’art contemporain dans l’espace public, concept encore inédit à Genève lorsque nous nous sommes lancés en 2017».

Oriflammes et pêche miraculeuse

Un tremplin dont une quinzaine d’artistes ont finalement pu profiter, qu’on découvre au fil d’une balade d’une heure et demie dans le centre-ville. A commencer par la place de Neuve et l’esplanade du Grand Théâtre, tapissées d’impressions bleutées, tirées des archives de l’institution – un patchwork imaginé par Marine Gilles, gagnante d’un workshop organisé à la HEAD. Ouvrez l’œil: au centre de la place, deux oriflammes flottant au vent encadrent la statue du général Dufour. On y devine, comme un clin d’œil à sa monture, les crins tressés d’un cheval (Parade, Anaïs Wenger).

Dialoguer avec le décor, jusqu’à s’y fondre. A l’image de Veritas humanum est, sculpture humanoïde troublante de Jan Steenman qui semble avoir toujours trôné là, au-dessus de la fontaine dans la cour du Palais de justice. Ou cette longue fresque de Lou Cohen, sur le mur de l’observatoire, où s’affichent les visages d’une jeunesse désillusionnée mais solidaire.

Reflet des lieux qu’elles investissent, les installations prennent des formes multiples. «Il s’agit de notre plus belle biennale, en termes de dynamisme et de variété des œuvres», souligne Marietta Bieri. Au Ciné 17, Hugo Langlade a réalisé des affiches ainsi qu’un court métrage, diffusé avant chaque séance ou sur demande – hommage aux raisons qui nous poussent à nous rendre au cinéma. Mais le clou de la promenade se trouve dans le chœur de la cathédrale: La Pêche miraculeuse de Jonathan Delachaux, monochrome noir qui révèle par intermittence, grâce à une lampe placée derrière le tableau, des personnages perdus dans la nuit. Jeu saissant entre ténèbres et lumière, visible et invisible.


Biennale heart@geneva. Dans toute la ville. Visite guidée vendrdi 28 octobre, départ à 12h30 devant le Grand Théatre. Retrouvez tous les articles de la rubrique «Un jour, une idée».