Exposition

A Genève, l’art contemporain in situ

Pendant tout l’été, le parcours artistique heart@geneva propose aux Genevois de redécouvrir 21 lieux emblématiques de leur ville, investis par des artistes contemporains

Ils sont nombreux, ce mercredi après-midi, à monter et descendre les épaisses marches de verre. L’enthousiasme est tel que ça bouchonnerait presque dans l’escalier. Et pour cause: il est rare de pouvoir pénétrer au cœur de l’immeuble Clarté. Réalisé par Le Corbusier au début des années 1930, ce bâtiment locatif de la rue Saint-Laurent, aux Eaux-Vives, a été classé l’an passé au patrimoine de l’Unesco pour son architecture avant-gardiste. Mais reste le plus souvent inaccessible aux curieux. Exceptionnellement et le temps d’une journée, la maison a ouvert sa grande porte vitrée pour accueillir le projet heart@geneva. Soit un parcours à travers Genève placé sous le signe de l’art contemporain.

«Inciter les Genevois à redécouvrir leur ville»

Organisée pour la première fois par l’association du même nom, la manifestation a invité une vingtaine d’artistes, pointures ou jeunes talents, à investir autant de lieux emblématiques de la Cité de Calvin. Un total de 41 œuvres, la plupart conçues in situ, que l’on visite à son rythme et gratuitement. «Je souhaitais inciter les Genevois à redécouvrir leur ville. L’idée n’est pas de tout voir en une fois, mais de garder le plan dans son sac et d’y penser lorsqu’on se balade dans le quartier», précise Marietta Bieri, fondatrice de heart@geneva.

Strip-tease artistique

Ainsi, le temps d’un été, la façade du Musée Rath se retrouve égayée par une toile fluo XXL de l’artiste genevoise Sylvie Fleury. En passant par l’église Saint-Joseph, on découvre la poésie d’un banc étoilé signé Philippe Cramer, tandis que les traces d’un esthétique strip-tease ont été déposées dans la tourelle de la Maison Tavel par Vincent Kohler. 

Sans oublier le hall du Campus Biotech où se dressent, majestueuses, les quatre pattes d’une girafe, clin d’œil de Christian Gonzenbach, enseignant à la HEAD, à ce bâtiment imposant où l’on décortique les sciences de la vie.

A la maison Clarté, la cage d’escalier est un vaste puits de lumière qui a inspiré Carmen Perrin. Son œuvre, sous la forme de lettres-miroirs, l’artiste suisse l’a habilement installée dans les interstices de la structure métallique. Le tout forme une phrase, dont on découvre un fragment à chaque étage, racontant l’architecture comme un organisme vivant. Un hommage au maître des lieux, qui disait de ses maisons qu’elles pouvaient tomber malades. Pour l’artiste, l’idée était d’établir un vrai dialogue entre l’œuvre et son environnement. «Je n’ai pas hésité une seconde lorsqu’on m’a proposé d’exposer ici. Contrairement aux salles de musée classiques, on rencontre les gens dans leur contexte, ça crée un moment particulier.»

Si les lettres devront rapidement quitter l’antre de Le Corbusier, tout comme l'échelle-lumière, reprenant le style particulier de l’architecte, accrochée temporairement sur la façade ouest du bâtiment. Mais les deux installations seront, tout comme le reste des œuvres, mises aux enchères. Les bénéfices seront départagés entre dix organisations caritatives genevoises.

A terme, le concept de parcours artistique devrait être repris, sans doute plusieurs fois par an. «Il y a encore de nombreux lieux qui mériteraient d’être visités. Et je vous préviens: la première édition est plutôt sage…», s’enthousiasme déjà Marietta Bieri.


Parcours artistiqueheart@geneva, jusqu’au 31 août. 

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