Parcours artistique

A Genève, l’art contemporain joue à cache-cache

La seconde édition du parcours heart@geneva a installé, au début de l’été, des œuvres dans différents recoins de Genève. Celles-ci se révèlent, voire se fondent, dans leur environnement. Il vous reste une semaine pour découvrir ces pépites

Début d’après-midi, Palais de justice. Dépliant en main, on se plante devant l’intimidante volée de marches, place du Bourg-de-Four. Est-on au bon endroit, au moins? Réponse dans le hall: oui, il faut juste passer la sécurité. Gourde dans le casier, sac dans un bac et ça y est, on se mêle discrètement aux juges et aux greffiers. Et on l’aperçoit enfin, dans une petite cour intérieure: un banc en calcaire avec l’inscription «I am powerful like a second of fear». En s’y asseyant, on se sentirait presque la confiance et la verve d’un procureur.

Signée de l’artiste new-yorkaise Jenny Holzer, l’œuvre est l’une des 17 que compte heart@geneva, parcours artistique qui sème des créations contemporaines dans divers recoins de Genève – certaines créées pour l’occasion. Sa seconde édition, inaugurée au début de l’été, a justement été prolongée jusqu’à fin septembre. Une dernière occasion, pour ceux qui les auraient manquées, de partir pister ces pépites.

Larmes suspendues

Car la balade est au cœur de la démarche. «L’idée est avant tout de sortir les œuvres d’art contemporain des galeries, explique Marietta Bieri, fondatrice de heart@geneva et de l’association du même nom. Les gens accèdent gratuitement à l’œuvre et découvrent en même temps un lieu qu’ils ne connaissaient peut-être pas et où ils auront envie de retourner.»

Cette année, la majorité des lieux d’exposition ont été concentrés en Vieille-Ville pour faciliter leur exploration. Mais ils n’en sont pas moins variés. Outre le Palais de justice, le parcours vous emmène par exemple jusqu’à la Maison Tavel, où deux œuvres ont élu domicile. On rencontre la première dans la cour, à côté des hauts escaliers. Suspendus à un fil, trois cylindres, d’un métal miroitant, évoquent de grosses gouttes symétriques. Pas un hasard, puisque Les Larmes d’acier, de l’artiste Séverin Guelpa, sont un clin d’œil à la citerne qui se trouve au sous-sol du musée.

La deuxième œuvre nous attend à l’étage, comble boisé où s’étale un plan-relief de Genève au XIXe siècle. Au mur, Swiss URBAN TRACKS – Geneva, de Sandrine Damour, dessine sur un grand panneau de bois brûlé les veines de la ville en dorures métalliques – on pense à ces photographies spatiales cartographiant la pollution lumineuse. Un pendant évident à la maquette historique, qui vient questionner le développement urbain, la trace de l’homme grignotant peu à peu son territoire.

Dans le sable

Faire dialoguer le lieu avec l’œuvre qui y a élu domicile: heart@geneva en a fait sa patte. Parfois, la création s’y intègre si bien qu’il faut un moment pour la repérer. Il y a cette peinture d’Omar Ba, qui vit entre Dakar et Genève, nichée entre deux marches du musée Barbier-Mueller. Ou L’Artilleur de Gérard Collin-Thiébaud, figure tout en transparence qui paraît charger de la poudre sur la place des Canons. Ou encore, devant l’entrée du Ciné 17, les collages vibrants d’Olivia Malena Vidal mêlant peinture et affiches de films. «Une jeune artiste, à la base interprète puis devenue photographe, qui fait aussi des installations, des vidéos… et sera bientôt exposée à Genève», se réjouit Marietta Bieri.

Il faut dire que le soutien aux artistes et en particulier aux jeunes, qui n’ont pas toujours de plateforme où exposer leur talent, lui tient à cœur. C’est donc tout naturellement qu’elle a proposé cette année aux étudiants de la HEAD d’investir la belle cour du Collège Calvin. Etudiante de bachelor art visuel, Anaïs Balmon a remporté le concours et s’est prise au jeu de l’art caméléon. Et son œuvre est sans doute la plus difficile à localiser… puisque enfouies dans le sable de la place. En ouvrant l’œil, on repère sept petites plaques de céramique, criblées de flèches et de pointillés énigmatiques. «Lorsque cette cour a été refaite et que les arbres ont été plantés, des fouilles ont été réalisées dans la cour, détaille Marietta Bieri. C’est un peu comme si l’artiste enterrait aussi quelque chose. Et elle a souhaité que les passants réfléchissent, y voient des jeux de leur enfance. Des traces du passé.»

La fondatrice ne s’en cache pas, heart@geneva est une entreprise de longue haleine et réalisée sans aucune aide publique. Mais en passionnée des arts, Marietta Bieri ne se lasse pas de partager son enthousiasme avec d’autres initiés ou des promeneurs curieux. Une visite guidée à ses côtés est d’ailleurs prévue le 27 septembre. Elle ne manquera pas de vous emmener jusqu’à la cathédrale, où le Lausannois Cyril Porchet a installé son travail: un assemblage photographique d’un bleu piscine lumineux, où l’on devine, en s’approchant, les ornements d’un plafond d’église. Sans doute le clou, éblouissant, du parcours.


Parcours heart@geneva. Jusqu’au 30 septembre. Visite guidée le 27 septembre. 

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