Spectacle

A Genève, Molière façon Usain Bolt

De jeunes acteurs jouent à brides abattues quatre classiques soudain dégivrés. Ils proposent l'intégrale, ce samedi encore dès 14h, au Théâtre Saint-Gervais à Genève

Alceste dans les starting-blocks. Sur les planches, Maxime Ubaud, 26 ans, avale les alexandrins de Molière comme Usain Bolt les 100 mètres. Avec son visage poupin, sa corpulence tendrement fellinienne, ses éruptions en chaîne, il emporte tout sur son passage, son ami de toujours Philinte, sa diablesse de promise Célimène (jouée par un homme), ce fat d’Oronte etc. Au Théâtre Saint-Gervais à Genève, ce samedi encore, le décor est réduit à l’essentiel: une horloge sur le mur du fond, un rideau rouge en coulisse, un gros tambour où officie une maîtresse de cérémonie.

Ce Misanthrope en accéléré porte la marque du metteur en scène français Gwenaël Morin. L’idée? Permettre à de jeunes diplômés du Conservatoire de Lyon d’entrer dans la transe de Molière. Trois autres comédies s’ajoutent: Le Tartuffe, L’Ecole des Femmes et Don Juan, présentées elles aussi à Saint-Gervais selon la même règle du jeu. En 1978, le lumineux Antoine Vitez proposait déjà cette  tétralogie, au Festival d’Avignon - d’où le titre, «Les Molière de Vitez».

Mais chut. Alceste piétine de pauvres fleurs jaunes, tous ses espoirs dans un bouquet. Cet enfant-là crève d'absolu, cerné par de jeunes comédiens heureux à l’évidence d’inventer leurs personnages en bordure de tout. La subtilité fait parfois défaut. On a vu des «Misanthrope» plus réussis. Mais là n’est pas le sujet. Ces «Molière de Vitez» sont une école du jeu - chaque promotion du Conservatoire de Lyon transmet les rôle à la suivante. «J'ai appris le plaisir de la rigueur», confie Maxime Ubaud. Fureur de vivre, joie de jouer. La liberté n’est pas loin.


Les Molière de Vitez, Genève, Théâtre Saint-Gervais, sa dès 14h, intégrale; rens. www.saintgervais.ch

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