C’est un trésor. Une collection d’art premier – africain, océanien, précolombien –, mais aussi d’antiquité européenne, parmi les plus importantes au monde. Son inventaire consigne plus de 7000 pièces. Jean Paul Barbier-Mueller a 78 ans. La relation qu’il entretient avec la Ville de Genève, depuis plusieurs décennies, est ponctuée de vexations, de tension et de demies réconciliations. L’histoire même du rapport entre le Musée d’ethnographie de Genève (MEG) et le musée privé Barbier-Mueller résume assez bien la distance qui sépare en général les collections à vocation esthétisante et celles dont la mission se veut d’abord scientifique.

Pourtant, avec l’arrivée de Jacques Hainard à la direction du MEG, puis plus encore avec la succession du Belge Boris Wastiau à ce poste, la communication s’est considérablement améliorée; Boris Wastiau dirige même la publication du nouveau catalogue Barbier-Mueller consacré aux terres cuites africaines. Selon Wastiau, le vieux débat entre le collectionneur privé et l’institution «n’a plus lieu d’être». De là à imaginer qu’une partie de la collection Barbier-Mueller pourrait à terme atterrir au MEG, il n’y a qu’un pas. Que le principal intéressé ne franchit pas. Selon Jean Paul Barbier-Mueller, «il n’y aura pas de donation au MEG». Le collectionneur décrit l’institution comme «un musée didactique». «Je m’intéresse d’avantage à l’esthétique, même si je m’entoure de savants renommés qui remettent les pièces dans leur contexte de création.»

Admettant qu’il reste en lui un «fond de rancune», Jean Paul Barbier-Mueller se souvient de la réaction discrète de l’Etat de Genève lors d’une donation majeure de livres à la Bibliothèque de Genève, en 2005; plus de 500 volumes portant sur la poésie italienne de la Renaissance, qu’il estime à 3 millions de francs, à quoi s’ajoute un million de frais de fonctionnement. Si Jean Paul Barbier-Mueller a, dans le passé, vendu à l’Etat français une grande partie de sa collection du Nigeria et d’Indonésie, il compte désormais léguer la totalité de ses collections à ses trois fils, «qui en feront ce qu’ils voudront». Le musée Barbier-Mueller lui survivra-t-il? «Je n’en sais rien».

A l’occasion d’une grande rétrospective sur la terre cuite africaine au Musée Barbier-Mueller, «Le Temps» consacre demain dans son édition une enquête à l’itinéraire des pièces archéologiques africaines, depuis les chantiers de fouille jusqu’aux vitrines des musées.