Scènes

A Genève, on fait la bête et le public rit aux éclats

Sur la scène de l’Alchimic, un quatuor de comédiens au poil singe les limites de l’être humain. Brillant

Un stylo géant qui atterrit dans le salon. Un père qui ne sait plus le prénom de sa fille. Ou encore un coiffeur qui veut devenir un goéland… Dans Théâtre sans animaux, Jean-Michel Ribes rompt la routine du quotidien pour pousser ses personnages à visiter leur animalité et à s’interroger sur leur train-train. Souvent, une fuite ou un nouveau départ soldent l’opération, mais jamais ces «huit pièces facétieuses» ne virent à la dépression. Au contraire, tout est léger, fin, décalé, dans cette partition de 2013 mise en scène, à Genève, par Sylvain Ferron. Les saynètes sont autant de bulles de savon que les comédiens, tous excellents, éclatent avec jubilation.

Dominique Gubser, Camille Figuereo, Laurent Deshusses, Frédéric Landenberg. Il existe des spectacles atmosphériques, à haute charge esthétique, dans lesquels les comédiens ne sont qu’un des éléments du succès. Et il existe des spectacles de texte et de jeu pur où tout repose sur les épaules des acteurs. Directeur du Théâtre du Rond-Point, à Paris, depuis 2001, Jean-Michel Ribes défend avec force la deuxième option. Il écrit pour la scène, pour les interprètes, pour le public aussi, avec un sens du rythme, de la formule et du fond qui fait des heureux à répétition.

A l’Alchimic, on sent le plaisir du quatuor et ce plaisir est largement partagé par la salle bondée, hilare et réceptive à la moindre saillie, au moindre trait. C’est que l’écriture de l’auteur français cavale, il ne faudrait rien manquer.

La mouette en lui

Ce couple sort d’une représentation de Phèdre et le mari est si ulcéré que même un mini-bravo marmonné à l’oreille de sa diva de belle-sœur lui arracherait un bras. Il préfère mettre son mariage à sac plutôt que de céder. Dominique Gubser est l’épouse à la logorrhée de feu, Laurent Deshusses excelle dans le rôle du fâcheux. Le comédien et comique genevois est plus fantasque dans la peau de ce client qui déclare à son coiffeur qu’il «n’est pas taillé pour vaporiser de la laque». A force de questions, le pygmalion finit par révéler la mouette que Georges abrite en lui. Frédéric Landenberg est parfait en barbier dérouté, comme il est parfait en père paumé face à une fille modèle. Pas facile de jouer la patience d’ange sans être niaise: Camille Figuereo a, comme toujours, le geste clair et le ton juste.

Affolée par Allah

Les grands moments de Dominique Gubser, précieuse comédienne genevoise qui travaille beaucoup en France? A la sortie de Phèdre, donc, mais aussi dans ce musée où, très sérieusement, elle dit adorer «la période qui va de De Vinci à Warhol». Ou encore en mère affolée par Allah. Chaque fois, les expressions de son visage et ses éclats de voix font des étincelles. Avec ces quatre-là, on rit de ce qu’on est et de ce qu’on n’ose pas être, parfois.


Théâtre sans animaux, jusqu’au 4 février, Théâtre Alchimic, Genève.

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