Le public a besoin de joie intense après les rigueurs de la pandémie? Mardi et mercredi dernier, il l’a prouvé, en enflammant le plateau du Théâtre Saint-Gervais transformé en dancefloor par les Ouinch Ouinch, artistes chamaniques qui croient – et ils ont raison – aux vertus de la danse.

Au son des tubes de rap, de hip-hop et de reggaeton lancés en rafale par Maud Hala Chami, alias DJ Mulah, cette troupe romande, fondée en 2018 par des diplômés de la Manufacture en section danse, a livré Happy Hype, une soirée de transe où, de la ronde folklorique à la streetdance, les corps des cinq interprètes se sont mués en purs vecteurs d’énergie. De quoi embraser l’audience qui, à la fin du show, ne s’est pas fait prier pour pogoter avec la joyeuse équipe. Ambiance!

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De la perruque au short fluo

Tout commence avec une parade clownesque où, dans un look qu’ils qualifient eux-mêmes de «médiévalo-fashion», longues jupes noires en dentelle, lunettes de soleil et perruques XXL, les Ouinch Ouinch (qui s’appellent aussi simplement les Ouinch), jouent les étonnés-effarouchés en courant de la salle au foyer. On redoute le tunnel absurde avec ces folles traversées qui commencent à s’éterniser quand, tombant la perruque, les danseurs entament une ronde, visages voilés, corps collés, donnant le ton de la soirée: dense, danse et dance. Ou comment, en solo ou en groupe, les interprètes vont enchaîner des séquences à la fois sensuelles et musclées pour se dépasser, façon clubbeurs endiablés, et transmettre le feu à l’assemblée.

Happy Hype est inspiré du Hype Call, expliquent les Ouinch emmenés par Karine Dahouindji et Marius Barthaux. Le Hype Call? C’est un des principes clés du krump, une danse-transe des années 1990 à Los Angeles, qui consiste à danser seul dans un cercle et à solliciter les encouragements de la foule.

Saute-mouton sur «Best Friend»

Au début de la soirée, lors de leur première ronde folklorique sur 7 sur 7 de Koba LaD, les Ouinch sont encore tranquilles, réservés. C’est après, sur des tubes comme Sp&cial, de Lala &ce, Malokera, de MC Lan ou encore Consideration de Rihanna que les corps explosent en ondes électriques, jusqu’à faire du saute-mouton sur Best Friend de Saweetie, tube provoc que les Ouinch accompagnent d’allusions sexuelles joyeusement assumées.

Elle est là, la force de ce collectif né à Genève, lors de la Fête de la danse 2018. Une déferlante de mouvements, du plus affirmé dans la veine hip-hop au plus caliente dans la veine latino, associée à un humour bienveillant qui dit aux gens: «On vous offre la libération de votre corps par la musique et le mouvement. Servez-vous amplement!»

Flatteur? Sans doute. Bienfaisant? Assurément. A voir comment, mercredi, tout le monde est entré dans la danse, des plus jeunes aux plus âgés, on salue avec reconnaissance la joie contagieuse de ces chamans survoltés.


Happy Hype, les 18 et 19 juin, Plateforme 10, Lausanne. Mais avant, on peut retrouver les Ouinch Ouinch à l’affiche d’Antigel et du Théâtre Saint-Gervais, dans Station Ascension, les 15 et 16 février.