Scènes

A Genève, «Les Précieuses Ridicules» version volcan

Elles explosent, se donnent corps et âme pour mieux retomber à la fin. Les pécores de Molière enflamment le parc Trembley

Plus sauvages que précieuses, les ridicules! Tellement dévorées par leur désir de cour qu’elles fulminent lorsqu’on les renvoie à leur province. La grande colère, c’est aussi celle du père, bourgeois soucieux de bien marier les donzelles et qui, dans la Tour Vagabonde installée au parc Trembley, à Genève, se transforme en animal vociférant lorsqu’il apprend que sa fille et sa nièce ont dissuadé leurs galants parce qu’elles ne les trouvaient pas assez élégants. Dans sa mise en scène des Précieuses Ridicules qui tourne depuis des années, Vincent Bonillo se souvient qu’au Théâtre Bourbon, à Paris, Molière jouait cette farce en alternance avec la troupe des Italiens. Sous sa direction, le jeu des comédiens est XXL, digne de la commedia dell’arte et, parfois, le trait pourrait être plus fin. Cela dit, dimanche, la bise frappait fort les bâches de la Tour et il fallait bien ce jeu musclé pour résister aux assauts de la météo.

La Tour Vagabonde? C’est cette réplique en plus petit du Globe, célèbre théâtre en bois construit par Shakespeare en 1599 au bord de la Tamise pour accueillir 3000 spectateurs. Ici, dans ce format réduit, 250 personnes peuvent prendre place du parterre au balcon et savourer le charme fou de cette structure en rond. Valentin Rossier a eu raison de ramener la Tour Vagabonde à Genève et d’y organiser un festival dédié aux textes. Les Précieuses Ridicules ouvrent le bal ces jours avec humeur et humour. Du 15 au 31 mai, L’Ile des esclaves, de Marivaux, mis en scène par le maître des lieux, parlera rapports de force. Enfin, du 4 au 20 juin, une reprise du Dieu du carnage, texte mordant de Yasmina Reza créé à l’Orangerie il y a deux ans, clôt ce programme de printemps.