éditorial

Genève, le prix à payer pour s'ériger en capitale culturelle

Les Genevois sont appelés à voter le 19 mai sur une initiative qui demande que le canton coordonne les politiques culturelles du territoire. Cela tombe à pic au moment où Genève construit des infrastructures sans précédent

Un ravissement pour les Genevois, un casse-tête pour les édiles. Jamais la ville de Guillaume Henri Dufour, l’homme qui en a bouleversé le visage au début du XIXe, n’a autant construit d’infrastructures culturelles en même temps.

A Carouge, c’est un théâtre d’envergure qui sort de terre, cousin d’un autre futur nouveau-né, la Comédie des Eaux-Vives; en bordure de Vieille-Ville, c’est le geste rare qu’on célébrera dès 2020 à l’enseigne du Pavillon de la danse; à un jet de pierre de la place des Nations, c’est une Cité de la musique qui fera bientôt pâlir d’envie les philharmonies de toute l’Europe. Sans oublier le Grand Théâtre et son nouvel amiral Aviel Cahn, qui veulent coller à l’époque comme jamais.

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C’est dans cette cité en pleine métamorphose que tombe, très à propos, l’initiative des milieux culturels sur laquelle les Genevois sont appelés à se prononcer le 19 mai. Que demandent ces professionnels? Que le canton officie comme arbitre dans cette arène; qu’il coordonne une politique en résonance avec quelque 45 communes très actives dans le domaine; qu’il soit ce grand frère qui permet à une vision de s’élaborer et de s’affirmer.

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Le luxe de Genève tient à cette particularité: ce territoire minuscule a les moyens et les appétits d’une capitale. Son offre est largement comparable à celle de Lyon, Bruxelles, Zurich. On ne compte plus les jeunes créateurs qui y ont pris leur élan, portés aussi par les ailes de ses écoles d’art. Ce canton est bifacial: il soigne son vivier, celui de la scène alternative; il aspire à des devantures éblouissantes pour des personnalités qui bouleversent nos représentations.

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Mais au moment où on multiplie les constructions marquantes, il faut fédérer les ressources. Pour que la relève continue d’être accompagnée, d’abord. Et pour que les institutions dotées d’équipements sans précédent aient les moyens de nous arracher à nos routines.

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Les acteurs culturels ne demandent pas plus d’argent, c’est à relever, mais une vista supérieure, des choix forts en somme. Certains pourraient être cruels. Mais si Genève veut être à la hauteur de ses investissements, elle doit se doter d’un chef d’orchestre, le canton en l’occurrence. On peut alors espérer une symphonie pour les temps présents. 

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