Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Ornella Balestra, une beauté magnétique et mélancolique.
© Rosa-Frank.com

Scènes

A Genève, Raimund Hoghe a arrêté le temps

Hommage, rituel, chant d’amour. Avec «Canzone per Ornella», à l’affiche de La Bâtie - Festival de Genève, le disciple de Pina Bausch a ouvert une brèche poétique dans la vie de tous les jours

Un rituel bourré de charme et de nostalgie. Une parenthèse mélancolique qui rend hommage à l’Italie d’avant Berlusconi, précisément celle, aride et intègre, de Pier Paolo Pasolini. Un clin d’œil à la grâce désuète du répertoire classique. Ou encore un chant d’amour à une ballerine qui a fait les beaux jours de Béjart… Dimanche soir, à Am Stram Gram, La Bâtie - Festival de Genève a donné Canzone per Ornella en unique représentation et les horloges se sont figées. Raimund Hoghe a ce pouvoir: arrêter la folle course du monde pour rappeler la force de la beauté.

Lire aussi: L’empire des sens selon La Ribot à Genève

Avant d’être un disciple de Pina Bausch, Raimund Hoghe a été journaliste. Il écrivait de beaux portraits, dit-on. On le croit sans peine. L’homme sait capter ce qui fait la singularité de son sujet. D’Ornella Balestra, il souligne le délicat port de bras, son regard qui magnétise l’audience et cette incroyable prestance. Plus simplement, il amplifie son aura. Comment? A travers des séquences répétitives, sinon obsessionnelles, durant lesquelles la danseuse ne danse jamais vraiment, à l’exception d’un cha-cha-cha digne de celui de Giuletta Masina dans Les nuits de Cabiria. Elle avance, recule doucement et balise l’espace de ses bras élégants.

Une Italie digne, exigeante

Dans une robe noire à la Grace Kelly, juchée sur des escarpins escarpés, Ornella Balestra décline, telle une élève appliquée, des positions classiques – arabesques, couronne, première, deuxième, troisième, etc. – et semble convoquer les fantômes de toutes celles qui ont inlassablement répété ces enchaînements avant elle. Le rythme est lent, les tubes surannés. On entend La Mamma chantée par Aznavour, Just a Gigolo ou, en italien, J’attendrai. Comme le noir – des costumes, du décor –, la nostalgie domine. Raimund Hoghe célèbre une Italie digne, exigeante, qui n’avait pas encore vendu son âme aux marchands et aux politiciens décadents.

Lire aussi: A La Bâtie, la ville asphyxiée devient une forêt vierge

Et lui? Que fait Raimund Hoghe pendant que son égérie égrène ses gammes? Il traverse la scène avec un bocal rempli d’eau sur laquelle flotte un petit bateau. C’est que le chorégraphe délivre également un message au milieu de toute cette beauté: à genoux, le danseur cabossé lit une lettre que deux jeunes Africaines ont envoyée aux fonctionnaires européens leur demandant d’aider leur pays. «En Guinée, il y a beaucoup d’écoles, mais pas une bonne éducation», ont-elles écrit avant de mourir en essayant de rejoindre l’Occident. Plus tard, Raimund Hoghe recouvrira Ornella de multiples tissus et c’est la figure du réfugié habillé de couches de fortune qui apparaît.

De l’espace pour ressentir

Dimanche soir, certains se sont impatientés. Comme au Festival d’Avignon où le spectacle a divisé et parfois été sifflé. On peut comprendre l’irritation qui naît de la lenteur, de la simplicité de la proposition et de la répétition. Mais on peut aussi remercier Raimund Hoghe de laisser tant de place au spectateur pour qu’il puisse ressentir, se souvenir et réfléchir.


La Bâtie – Festival de Genève, jusqu’au 16 septembre.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo culture

Le performeur Yann Marussich se fait imprimer Le Temps sur le corps

Un soir à la rédaction du Temps. La salle de réunion est transformée en labo photo géant éclairé de rouge. Au milieu de la pièce, l'artiste Yann Marussich, rendu photosensible. Sur son corps nu se développent des titres du «Temps». 60 spectateurs assistent à l'expérience qui dure 45 minutes.

Le performeur Yann Marussich se fait imprimer Le Temps sur le corps

n/a
© Arnaud Mathier/Le Temps