En septembre 2011, Sami Kanaan, nouvellement élu au Conseil administratif de la Ville de Genève et chargé de la Culture, allait prendre un bain de foule à Lausanne (LT du 26.09.2011). Il voulait expérimenter par lui-même le succès de la Nuit des musées telle que la ca­pitale vaudoise la pratiquait alors pour la 11e fois. D’autant plus qu’au printemps, le Conseil municipal avait clairement demandé à l’exécutif genevois de mettre au point un tel événement dans la Cité de Calvin.

Un an et demi plus tard, voilà la première Nuit des musées genevoise annoncée. Les bans sont publiés, pourrait-on dire, puisque toute la communication a été réa­lisée sur le thème du mariage. Une forme de communication et de fonctionnement que l’agence Trivial Mass avait mise en place à ­Lausanne et qu’elle a reprise telle quelle pour son nouveau commanditaire genevois.

Le 11 mai, donc, il faudra se munir d’une alliance en caoutchouc blanc, au prix de 10 francs, pour accéder à 22 musées dans la ville et le canton, publics et privés, et, dès 16h, à la gratuité des transports en commun. Concoctée avec l’Association des musées et centres d’art genevois, la Nuit offrira de multiples animations, de la dégustation de thés et chocolats au concert champêtre et néanmoins électronique, du spectacle de marionnettes indiennes à la soirée Cluedo pour découvrir l’assassin de Charles-Emmanuel de Savoie. Le tout consigné dans un «Carnet de noces». Et l’événement se poursuivra le jour suivant par «l’after des familles», petit nom donné à la Journée internationale des musées, que Genève avait pris l’habitude de pratiquer assez discrètement ces dernières années.

Le financement? Aucun budget spécifique. Les institutions se débrouillent avec leurs budgets ordinaires, et les 70 000 francs de la communication sont aussi pris sur l’enveloppe habituelle du Département de la culture.

Au-delà de ce week-end d’exception, le magistrat a mis en place un chantier de réflexion. Les états généraux des musées sont prévus du 3 au 5 octobre prochain, au terme d’ateliers préparatoires qui réunissent les directeurs des institutions publiques et privées. «Le processus est aussi important que le résultat», souligne Sami Kanaan. Pour lui, il s’agit de réunir les énergies pour réfléchir à la place des musées dans l’évolution rapide de Genève. «Nous connaissons notamment des flux migratoires importants, et ces lieux de mémoire sont structurants tout en permettant de penser le présent et l’avenir de la cité.» Pour cela, il souhaite donner une plus large place à l’animation, estimant que l’offre des musées est encore trop mal connue.

C’est pour aller dans ce sens qu’au début de l’été, un premier sentier des musées, qui en préfi­gurera cinq autres, sera inauguré dans le quartier des Nations, véritable parcours patrimonial entre les institutions. Sortir les musées de leurs murs, donner plus de visibilité également aux acquisitions du Fonds municipal d’art contem­porain (FMAC), avec l’idée d’un «FMAC mobile», la politique de la Ville va clairement vers cette lisibilité accrue.

Faut-il pour cela des budgets supplémentaires? Nous avons posé la question à Boris Wastiau, en pleine préparation du nouveau Musée d’ethnographie en construction boulevard Carl-Vogt. «Le MEG est déjà en train de se restructurer dans cette perspective, explique-t-il. Dans le nouveau musée, le budget consacré à l’animation sera multiplié par dix sans augmentation budgétaire. Nous gardons des conservateurs très sérieux dans chaque domaine, mais nous ne multiplierons plus les postes dans ce secteur. Nous avons aussi opté pour des présentations d’expositions plus économes. C’est une question de choix.»

L’exemple de Boris Wastiau sera-t-il suivi par les autres directeurs de musée? Ce sera l’un des enjeux des états généraux d’octobre. La question est aussi à l’ordre du jour du futur Musée d’art et d’histoire, pour lequel Sami Kanaan reste optimiste. Il assure que les discussions avec les partenaires privés ont repris de façon positive, y compris avec Jean Claude Gandur, et les évolutions architecturales seraient finalement tout à fait positives. A ce point, il sollicite «une paix des braves» de la part des opposants les plus farouches.

Dernier sujet à l’ordre du jour cette année, le Mamco, qui prépare son anniversaire pour 2014 et souhaite justement mettre sur pied quelques projets hors les murs, en collaboration avec différents lieux dans la cité. Au début de l’année, son directeur, Christian Bernard, craignait de manquer de soutien. «Sans doute le Mamco ne pourra-t-il pas réali ser tout son programme, mais la Ville apportera sa participation», rassure Sami Kanaan. A suivre.

Le programme de la Nuit des musées sur www.ville-geneve.ch/musees

Sami Kanaan sollicite «une paix des braves» de la part des opposants au Musée d’art et d’histoire