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La tombe de Borgès, dans le cimetière de Plainpalais.
© Catherine Frammery ©

J'irai sur vos tombes

A Genève, la sépulture de Borges, énigme tranquille

Dans le cimetière-jardin des Rois à Plainpalais, les inscriptions sur la tombe de l’écrivain argentin (1899-1986) sont aussi mystérieuses que ses écrits

Chaque mardi de l'été, «Le Temps» se rend sur la tombe de personnalités qui ont choisi de finir leur vie en Suisse 

«Numéro 735 au cimetière des Rois, sous un if, vous verrez, il y a du buis.» Le lieu est répertorié dans tous les guides de voyage. Combien d’Argentins de passage à Genève sont allés sur la tombe de leur grand écrivain universel? Pendant des années, des promeneurs anonymes lui ont déposé des fleurs, des messages. En signe de bienvenue au pape François, Pierre Maudet lui a offert un peu de terre prélevée sur la tombe. Pour avoir son quart d’heure de gloire, l’écrivain chilien Eduardo Labarca a uriné dessus – enfin il a simulé, il a ensuite expliqué qu’il avait utilisé une petite bouteille d’eau. Il voulait dénoncer les mots complaisants du «citoyen Borges» à l’égard du général Pinochet. La tombe fait partie des plus visitées du cimetière-jardin de l’élite genevoise.

Borges aimait Genève, où il était élève au collège Calvin. «Je lui dois d’avoir découvert, à partir de 1914, le français, le latin, l’allemand, l’expressionnisme, Schopenhauer, la doctrine de Bouddha, le taoïsme, Conrad, Lafcadio Hearn et la nostalgie de Buenos Aires. Et aussi l’amour, l’amitié, l’humiliation et la tentation du suicide», lit-on dans son essai autobiographique Atlas.

Borges est donc revenu mourir à Genève. A l’hiver 1986, il a quitté l’Italie pour s’installer dans la Vieille-Ville avec Maria Kodama, son ancienne étudiante en littérature anglo-saxonne et nordique, son assistante de trente-huit ans plus jeune que lui, épousée par procuration au Paraguay deux mois avant sa mort. C’est elle qui a conçu la pierre tombale, sur laquelle figurent une croix celtique, sept guerriers avec des épées brisées droit sortis du poème en vieil anglais La bataille de Maldon, et des inscriptions issues des épopées vikings que le couple aimait tant. Des inscriptions énigmatiques comme les écrits du grand écrivain, au point qu’un essai argentin leur est entièrement consacré. «Ne forthedon na» signifie «qu’ils n’aient pas peur»: c’est ainsi que le chef saxon insuffle du courage à ses hommes assaillis par les Vikings.

Quelques mètres plus loin est enterrée Grisélidis Réal, l’artiste peintre, écrivaine et prostituée féministe genevoise. «Je suis outrée», a simplement déclaré l’épouse, fidèle gardienne du temple borgésien, en 2005.


Pour aller plus loin

L’enterrement de Jorge Luis Borges dans le «Journal de Genève» (19.06.1986)

Portrait de Genève par John Berger, dans «Le Monde diplomatique» (janvier 2004)

Dossier
Tombes illustres de Suisse romande

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