Art Public

A Genève, Silvie Defraoui dessine une trame pour le tram

La première de cinq interventions artistiques le long de la ligne 14 ont été inaugurées mercredi soir à Lancy. C’est le fruit d’une collaboration entre communes et Etat

Des lignes de marquage pour ne rien indiquer. Aucune inter­diction surtout. Des lignes blanches, et d’autres vert pâle, qui ­esquissent des formes géométriques, des chevrons. La première des cinq interventions artistiques prévues le long de la ligne du tram 14 a été inaugurée hier soir. Silvie Defraoui a dessiné ses zigzags intrigants entre rails et quais aux trois arrêts lancéens: Quidort, Petit-Lancy et Les Esserts. «Lancy est à l’origine de ce projet; c’était normal que nous commencions dans cette commune», souligne Diane Daval, directrice du Fonds cantonal d’art contemporain, qui coordonne la série. C’est aussi le projet le plus simple à mettre en œuvre dans un accompagnement artistique qui n’a pas toujours su convaincre et qui a dû être redimensionné.

Ces lignes qui s’entrecroisent, Silvie Defraoui espère qu’elles accompagneront les rêveries des passagers en attente. L’artiste genevoise a choisi de les appeler Trame et Tram. L’œuvre fait bien sûr également référence au réseau de mobilité dans lequel s’inscrit cette ligne 14. Ce printemps, la pluie a encore un peu retardé le marquage, qui doit se faire par temps sec. Ainsi, mercredi soir, les ouvriers travaillaient dur entre deux passages de tram pour reproduire sur le sol les derniers dessins, à la veille de l’inauguration.

Ce n’est là que le dernier aléa d’une aventure qui avait déjà connu des débuts difficiles. Dif­férentes philosophies se sont quelque peu fait concurrence, l’une cherchant en particulier à souligner la nature double de la ligne, à la fois urbaine et périurbaine. Surtout, un projet de loi pour un investissement exceptionnel de 5,4 millions de francs a connu un tel parcours d’obstacles dans les commissions du Grand Conseil qu’il a été retiré au printemps 2012, pour éviter de se retrouver laminé en plénière, pour des raisons budgétaires mais aussi parce que la ligne 14 avait été, entre-temps, redessinée.

C’est donc pour une série d’interventions redimensionnées à 3,5 millions de francs qu’Etat et communes ont alors cherché un nouveau plan de financement. «Chaque projet a été réévalué à la baisse et nous avons pour l’instant mis de côté l’idée d’une rame confiée à Pipilotti Rist et qui ferait le lien entre les autres interventions», explique Joëlle Comé, directrice du Service cantonal de la culture. Des apports sont également envisagés de la part des CFF, pour l’intervention à la gare Cornavin, et des Services industriels de Genève, à Bernex.

De ce projet qui semblait bien mal engagé, Charles Beer, président du Conseil d’Etat chargé du Département de l’instruction publique, peut aujourd’hui faire un exemple de coordination entre Etat et communes, un mois après le vote par le parlement de cette nouvelle loi sur la culture qu’il a tant défendue. Les quatre communes (Lancy, Onex, Confignon et Bernex) qui, en 2009, ont proposé à l’Etat de coopérer avec elles pour un accompagnement artistique de la nouvelle ligne des Transports publics genevois financent de façon solidaire, pour 1,05 million de francs, les œuvres prévues sur leurs territoires.

Les experts invités pour définir le projet (Jacqueline Bruckhardt, de la revue Parkett, à Zurich, Olivier Kaeser, du Centre culturel suisse à Paris, et Françoise Ninghetto, du Mamco, à Genève) ont aussi choisi Eric Hattan – dont le projet devrait, de manière ludique et poétique, animer les lampadaires de Confignon –, le duo bernois Lang/Baumann – qui envisage de jeter A beautiful Bridge, sorte de pont sculptural, dans le paysage de Bernex –, et Ugo Rondinone – qui installera un géant de dix mètres à Onex. On le voit, ce sont des pointures de l’art contemporain qui ont été ici invitées. Là où d’autres auraient choisi de jeunes artistes locaux, on a préféré des valeurs sûres.

En Ville de Genève, le Fonds municipal de décoration coproduit avec le Fonds cantonal l’intervention proposée par John Armleder au passage Montbrillant. De grands cercles de néon aux différents tons de blanc côté Mont-Blanc et sous le tunnel, ainsi que des mosaïques aux effets nacrés posées sur les piliers. On s’en doute, le projet est plus coûteux et plus lourd à réaliser que les marquages de Silvie Defraoui.

En 2009, la ligne 14 était surnommée TCOB, qualifiant ainsi le tram circulant entre Cornavin et Bernex en passant par Onex. Depuis, elle poursuit sa route en direction de Vernier et Meyrin, deux autres communes qu’il serait assez intéressant de voir rejoindre le projet pour que cet accompagnement artistique soit cohérent avec le tracé. «Des discussions ont déjà eu lieu mais le calendrier n’est pas arrêté», précise Joëlle Comé, qui espère tout de même que l’idée puisse prendre forme dans la foulée des inaugurations déjà prévues jusqu’à fin 2014. Ce qui permettrait peut-être aussi au projet d’obtenir la densité nécessaire pour devenir un réel produit d’appel touristique, au-delà de l’intérêt de chaque intervention pour les usagers du tram et les habitants.

La ligne 14 poursuit sa route vers Vernier et Meyrin, des communes qui pourraient rejoindre le projet

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