Genève s’offre un «Routard» très muséal

L’ouverture du nouveau Musée d’ethnographiea servi de prétexte à une collaboration entre la Ville et le fameux guide

C’est au Musée d’art et d’histoire qu’a eu lieu sa présentation, mais c’est au nouveau Musée d’ethnographie, qui ouvrira le 31 octobre, qu’il doit son existence. Le Routard, Genève, ville d’art et de culture est en effet une belle opération de promotion de la Ville de Genève et de ses musées, et à bon prix. Il est le fruit d’une collaboration avec le célèbre guide, comme celui-ci en a déjà développé pour le Louvre-Lens, la Normandie impressionniste ou encore le Jura transfrontalier.

«Mais nous gardons notre liberté de travailler avec qui nous le souhaitons», s’enflamme Philippe Gloaguen, directeur de la collection et cofondateur, quand on lui demande si ce genre d’opération montée en commun avec les responsables d’une région ou d’une institution ne décrédibilise pas l’indépendance du Routard. Et de souligner qu’il a, en son temps, refuser de travailler avec l’Afrique du Sud de l’apartheid ou avec un cigarettier. Mais qu’il a collaboré avec une marque de gin écossaise ou Nestlé (pour des guides sur les barres chocolatées). «Grâce à ces guides d’entreprises, j’ai pu traverser les crises sans licencier personne et j’en suis fier.»

«Edito» de Sami Kanaan

Pour en revenir à notre actualité genevoise, la participation financière des différents services et musées de la Ville atteint 78 000 francs, ce qui comprend essentiellement l’achat de pages publicitaires et de quelques milliers d’exemplaires qui seront distribués à titre promotionnel. S’y ajoutent 10 000 francs pour une publicité achetée par un musée privé, le Musée international de la Réforme, et une participation de 29 000 francs de Genève Tourisme. Ces sommes représentent, selon Philippe Gloaguen, un peu moins de 60% du budget de ce premier tirage, à 15 000 exemplaires.

Le guide a donc été lancé en collaboration avec la Ville mais écrit, nous assure-t-on de partout, en toute indépendance. Il est introduit par un «édito» de Sami Kanaan, maire de Genève, qui vante, outre les musées, les arts vivants, le berceau de la Croix-Rouge et la ville des organisations internationales. Et les montres. Ce qui correspond tout à fait au contenu. C’est un guide gentil, enthousiaste même, qui sera très utile pour les amateurs de musées, sans trop délaisser les lieux alternatifs. Mais qui, malgré le souci affiché de casser l’image de cherté de Genève, reste un peu léger sur les bonnes adresses.

S’il propose aussi quelques balades dans les quartiers, et jusqu’à Carouge, Cologny ou au CERN, il contourne étonnamment les Grottes et les Pâquis, se contentant de longer les quais pour aller aux Bains et vers les organisations internationales. Selon l’habitude du Routard, il est ponctué d’anecdotes, parfois un peu éloignées du sujet, et donne quelques mots de vocabulaire que nous déconseillons d’employer avec les jeunes générations rencontrées dans les soirées. Qui ne nomme plus leur institutrice la mégote depuis longtemps, ni n’enfilent leurs groles pour baguenauder.

L e Routard, Genève, ville d’art et de culture, Hachette, 144 pages .