Spectacles

A Genève, les super-pouvoirs du Théâtre du Grütli

A la tête de la maison genevoise, Nataly Sugnaux Hernandez et Barbara Giongo dévoilent un second trimestre qui promet de faire bouillir les cerveaux

Le symbole du nouvel esprit du Théâtre du Grütli à Genève? Des Superman sur les planches et en coulisses, le temps d’une pochade fraternelle. C’était en octobre à la Fête du théâtre: Nataly Sugnaux Hernandez et Barbara Giongo jouaient les guides dans leur maison. A tous les étages, on pouvait croiser le super-héros d’une enfance à l’ombre de Krypton, des capes sorties de la friperie par l’artiste suisse Massimo Furlan. Cet après-midi-là, il y avait foule dans les coursives de la grande salle du sous-sol, mais aussi au foyer du deuxième étage, se réjouissaient l’autre matin les codirectrices.

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Des super-pouvoirs. Barbara Giongo et Nataly Sugnaux Hernandez rêveraient d’en posséder. Elles travaillent pour et il se pourrait bien que ça marche. Il leur en faudra pour imposer leur griffe dans un théâtre genevois dédié aux indépendants. L’été passé, elles succédaient à Frédéric Polier qui défendait, souvent avec panache, un théâtre de texte. Elles, elles ne se réclament d’aucune chapelle esthétique. Une faiblesse, dites-vous? Difficile d’identifier leur cap, d’accord. Mais ça pourrait se révéler un atout. Voyez le programme de leur second trimestre.

La ligne? La loi des séries d’abord. Elles ont invité le metteur en scène français Robert Cantarella à rejouer les fameux séminaires que le philosophe Gilles Deleuze a consacrés au cinéma – L’image-mouvement et L’image-temps (Minuit). Cet automne, la performance a rempli une salle un samedi après-midi, soulignent les directrices. Il poursuivra les samedis 2 février et 16 mars.

Feuilleton philosophique encore avec les comédiens genevois Jean-Louis Johannides et Vincent Coppey. Ils se saisissent de sujets d’actualité qu’ils approfondissent avec les outils du philosophe. Ce Cogitoscope – Espace discursif de philosophie pratique devrait faire bouillir les cerveaux, en janvier et en mars.

Tous bricoleurs

Et puis il y a cette autre main courante, tout au long de la saison. Les acteurs Céline Nidegger et Bastien Semenzato proposent la Bibliothèque des projets inachevés. Ils ont interviewé des artistes qui détaillent le projet d’une vie et les raisons pour lesquelles ils n’ont pu aller jusqu’au bout. On entre dans le secret d’une pensée via un film ou une performance, souffle Barbara Giongo.

Au Grütli, le spectateur est bricoleur. Il puise dans une boîte des clés qui permettent de mieux penser le monde et la création. Et les professionnels, eux, profitent du Bureau des compagnies pour s’outiller: une fois par semaine, l’équipe du théâtre répond aux questions des artistes, qui peuvent porter sur les droits d’auteur, le calcul d’un cachet, les démarches à effectuer pour constituer une association.

Nouvel état d’esprit

L’esprit des lieux? «Nous voulons freiner la surconsommation de spectacles, donner à chaque création la chance d’infuser», poursuivent les deux complices. Les pièces à l’affiche s’apparenteront à des microclimats. L’auteur et metteur en scène genevois Jérôme Richer a confié à cinq comédiens le soin de sonder le corps de la pauvreté – Si les pauvres n’existaient pas, faudrait les inventer, en janvier. La performeuse italienne Silvia Calderoni volera en éclats dans MDLSX, spectacle secoué de la compagnie italienne Motus – les 14 et 15 février, à l’affiche d’Antigel. La plasticienne et comédienne Audrey Cavelius lèvera le rideau sur sa jungle fantasmée – du 26 février au 3 mars.

«Nous ne sommes pas propriétaires des artistes que nous programmons, nous ne prétendons à aucune exclusivité, comme cela a pu exister par le passé, racontent les programmatrices. Audrey Cavelius s’est produite au Théâtre Saint-Gervais au début de l’automne, elle s’installera chez nous cet hiver. Cette approche est nouvelle. Notre ambition est d’amplifier les possibles pour les artistes.»

Fini, les concurrences stériles, soufflent-elles. Le temps est venu de la bienveillance. Ce samedi, le public y goûtera: dès 18h30, il pourra enchaîner découvertes des plaisirs théâtraux à venir, apéro gratuit et concert. Il se pourrait bien que Superman rôde dans l’ombre des maîtresses de maison. C’est un bon protecteur.


Le Grütli, Centre de production et de diffusion, Genève, fête ce samedi, à partir de 18h30, présentation de saison, apéro offert, puis concert de Billie Bird à 21h.

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