«Qui trop embrasse, mal étreint!» Philippe Macasdar, directeur ardent du Théâtre Saint-Gervais à Genève, a beaucoup médité sur cet adage ces deux dernières saisons. Sa programmation généreuse – une quinzaine de spectacles à l'affiche habituellement – déboussolait le public. Plus grave: à force de multiplier les invitations inédites (beaucoup de jeunes metteurs en scène français notamment) le directeur avait tendance à étouffer ses trouvailles sous le nombre. Bref, Philippe Macasdar veut désormais mieux étreindre en embrassant moins. Il a donc imaginé un scénario en neuf chapitres corsés, spectacles à ramifications diverses. Mieux: il relance cette année le concept de résidence, dont il est à l'origine, en accueillant dans ses murs Oskar Gómez Mata et sa compagnie L'Alakran, soit l'une des troupes les plus déboussolantes de la scène genevoise.

Tel est donc l'objectif de l'équipe du Théâtre Saint-Gervais, qui propose désormais une carte du spectateur à 26 francs: celle-ci fixe le prix de chaque spectacle à 12 francs. Autre possibilité inédite: un «pass» à 100 francs qui donne libre accès à toutes les manifestations. La présence de la compagnie de L'Alakran, qui animera aussi dès la rentrée le générique de l'émission Fax Culture, est donc en soi un symbole. «Lorsque nous avons lancé les premières résidences, nous avons sans doute été trop gourmands en accueillant quatre compagnies, explique Philippe Macasdar. J'ai voulu cette fois concentrer l'effort et les moyens sur L'Alakran, dont le travail correspond à l'esprit de Saint-Gervais. Oskar et sa bande questionnent depuis leur début la forme théâtrale et tentent de la revivifier en recourant à la danse ou à l'image. Ils sont de ce point de vue totalement contemporains.»

L'Alakran devrait donc crever l'écran à Saint-Gervais. La compagnie lancera d'ailleurs la saison dès le 7 septembre avec un Ubú! d'Alfred Jarry sans doute très personnel (voir aussi Tempo du 31 août). Cette même troupe bénéficiera d'une carte blanche en fin de saison, du 12 au 30 juin. «L'Alakran devrait profiter de cette plage pour rassembler des artistes issus du théâtre ou non, avec lesquels il souhaite dialoguer, précise Philippe Macasdar. L'idéal serait que L'Alakran fédère un mouvement et que les créations invitées à cette occasion soient vues du plus grand nombre.»

Et autres réjouissances

Ces beaux projets ne sauraient toutefois masquer les autres réjouissances de la saison. André Steiger, figure historique de la scène romande, déclinera ainsi dès le 31 octobre son aBBcédaire: une vie de théâtre en somme, entre autobiographie farceuse et confessions paillardes. Autre immersion prometteuse: Hommage à Robert Pinget, du 23 janvier au 17 février, soit L'affaire Ducreux et Le Bifteck, mis en scène respectivement par Solange Pinget et Michèle Foucher, sans oublier des lectures et des tables rondes. Et puisqu'on parle de livres, La Bibliothèque censurée, spectacle du Français Thierry Bédard, méritera aussi d'être visitée. On devrait y entendre des paroles singulières et «explosives», qui rappellent que la littérature n'a de sens que lorsqu'elle conteste l'ordre établi. Le bonheur devrait aussi être au rendez-vous fixé par la chanteuse Giovanna Marini, dans Sibémol, du 15 au 20 mai.

Genève, Théâtre Saint-Gervais, tél. 022/908 20 20.